La pyramide d'Ouserkaf qui est de type à faces lisses se trouve à l'angle nord-est du complexe funéraire de Djéser. Elle a été visitée et explorée pour la première fois en 1839 par John Shae Perring et identifiée comme celle d'Ouserkaf en 1928 par Cecil Mallaby Firth. Elle faisait partie d'un complexe funéraire élaboré qui tranche avec ceux bâtis par la IVe dynastie démontrant bien un changement de conception dans l'édification des monuments funéraires royaux. Cette tendance déjà sensible sous le règne du prédécesseur immédiat d'Ouserkaf, Chepseskaf, s'affirme ici avec d'une part le choix du site de la nécropole royale qui revient au cœur même de Saqqarah et d'autre part par l'architecture même du complexe funéraire.

1. Le complexe funéraire

Ouserkaf choisit donc de se rapprocher des origines de la royauté en faisant bâtir son tombeau à proximité immédiate de la pyramide de Djéser. Il conserve le plan d'ensemble élaboré sous la IVe dynastie comprenant un temple d'accueil ou temple de la vallée, dont on n'a pas encore retrouvé les vestiges, relié par une chaussée montante au tracé également perdu, à un temple funéraire qui jouxte la pyramide et dont il ne reste aujourd'hui que le dallage en basalte ainsi que des blocs de granite qui constituaient les portes du temple. Au contraire des exemples précédents le temple n'est pas accolé à la face est de la pyramide royale mais est construit dans la partie méridionale du complexe funéraire. Il comprenait des magasins ainsi qu'un sanctuaire à cinq chapelles qui deviendra la règle dans tous les édifices funéraires royaux qui suivront. Une vaste cour suivait et faisait face à la pyramide. Elle était entourée sur trois de ses côtés d'un péristyle de piliers à section carrée, en granite rouge d'Assouan. Ils portaient tous la titulature du roi sur leur face donnant sur la cour. Les proportions de ce vaste espace à ciel ouvert, sont héritées des grandes cours cérémonielles des complexes funéraires de la IVe dynastie. C'est de cette cour que provient une tête colossale d'Ouserkaf en granite aujourd'hui exposée au Musée du Caire. Le temple était bâti en calcaire pour ses murs, avec du granite pour ses piliers et portes monumentaux et du basalte pour le dallage des espaces à ciel ouvert, tandis que les parties couvertes étaient pavées de calcite ou d'albâtre. La richesse des minéraux utilisés pour la construction et les contrastes de leur couleur devaient produire un effet saisissant aux visiteurs qui fréquentaient l'édifice au temps de sa splendeur. C'est cette même qualité qui attirera très tôt dans l'Antiquité la convoitise des carriers à la recherche de matériaux de choix, tant et si bien qu'à l'époque Saïte le monument devait déjà avoir un aspect ruiné proche de celui qu'il présente aujourd'hui. De nombreux vestiges de la décoration en relief du temple ont été cependant découverts au cours des fouilles successives qui ont eu lieu au XXe siècle. Ils sont également exposés au Musée du Caire et permettent de déduire que le programme iconographique du temple était très élaboré et raffiné, à l'image de ce que Sahourê successeur d'Ouserkaf commandera pour son propre temple funéraire d'Abousir. Pour la première fois dans un monument funéraire royal ce décor pariétal recouvre la presque totalité du temple, multipliant les scènes symboliques dans lesquelles le roi divinisé occupe le rôle principal au milieu des dieux et des hommes.

La différence d'orientation de ce temple funéraire du schéma classique des complexes pyramidaux de l'Ancien Empire est diversement appréciée et interprétée par les égyptologues. Certains estiment que l'architecte d'Ouserkaf n'a eu d'autre choix en raison du caractère accidenté du terrain à l'est de la pyramide, d'autres pensent qu'Ouserkaf a cherché à affirmer ainsi le caractère solaire de la dynastie, faisant bénéficier de la sorte son temple d'un ensoleillement maximum dans la journée. Il est vrai qu'il est le premier pharaon à édifier un temple solaire en dehors d'Héliopolis à Abousir, site qui sera d'ailleurs choisi par ses successeurs pour édifier leur nécropole royale et d'autres temples solaires (voir notamment celui d'Abou Ghorab). Mais les édifices solaires, qui ne sont pas des édifices funéraires, ne semblent pas répondre à ce plan architectural singulier à Saqqarah. Il est tout aussi probable qu'Ouserkaf choisit délibérément d'étendre son complexe funéraire vers le sud à l'image du complexe funéraire de Djéser qui présente lui aussi un développement sur un axe nord-sud, et que l'imitation ait été jusqu'à ménager l'accès au temple au sud-est de l'enceinte du complexe comme pour le complexe funéraire de Djéser, voire qu'il n'y ait jamais eu de temple bas ni de chaussée d'accès ce qui expliquerait qu'on en ait retrouvé aucune trace jusqu'à présent. Autre particularité du complexe funéraire, pour la première fois la pyramide-satellite est intégrée au temple funéraire royal alors qu'auparavant elle ne figurait dans les complexes funéraires de la IVe dynastie qu'en tant qu'élément annexe voire isolé du complexe. Enfin au sud du temple funéraire se trouvait une pyramide secondaire, attribuée à Néferhétepès, probable grande épouse royale d'Ouserkaf. Cette petite pyramide très dégradée comporte un accès aux appartements funéraires de la reine, situé sur la face nord. La chambre funéraire aujourd’hui à l'air libre comporte encore une partie de sa couverture constituée d’une voûte en chevrons. Du fait du délabrement extrême du complexe funéraire d'Ouserkaf il est difficile de reconnaître sur place comment cette pyramide de reine était accessible. Si au début de son excavation Cecil Mallaby Firth la croyait articulée au temple funéraire du roi les fouilles ultérieures menées par Jean-Philippe Lauer puis Audran Labrousse ont révélé qu'elle comportait un accès indépendant par un petit temple accolé à sa face est, aujourd'hui disparu, identifiant ainsi un petit complexe pyramidal qui servira de modèle par la suite.

1. La pyramide

De dimensions modestes, avec une base d'environ soixante-treize mètres et une hauteur initiale de près de cinquante mètres, la pyramide elle-même est construite en blocs de calcaire taillés de petites dimensions disposés en assises régulières. On accède aux appartements funéraires du roi par une entrée située sur la face nord de la pyramide qui était autrefois dissimulée par le revêtement de calcaire Tourah aujourd'hui disparu. Un couloir s'enfonce dans le sol et mène à une chambre à herses qui distribue deux ensembles de chambres perpendiculaires. Au nord-est se trouvaient les magasins qui devaient abriter le mobilier funéraire du roi, dans l'axe de la pyramide se trouvait l'antichambre avec immédiatement à l'ouest la chambre funéraire royale qui contient encore le sarcophage d'Ouserkaf ainsi que son coffre à canopes. Aucune inscription n'a été relevée ni dans les appartements souterrains ni sur le sarcophage. La base mesure 73,3 m et la hauteur actuelle est de 49,4 m. La méthode de construction et les proportions du monument tranchent là encore avec les édifices de la IVe dynastie. Il semble qu'Ouserkaf ait porté ses efforts de constructeur sur d'autres projets dont son temple solaire d'Abousir serait un témoin. Le fait que le complexe funéraire royal n'est plus l'objet d'un chantier titanesque comme précédemment ce fut le cas à Dahchour, Gizeh ou Abou Rawash trouble la plupart des rédacteurs de l'histoire de l'Égypte antique au point d'élaborer des hypothèses d'une dégradation des technologies ou d'une crise économique due à une pénurie généralisée des moyens, épuisés par les projets dispendieux des règnes précédents. Cette hypothèse cadre mal avec l'histoire de l'Ancien Empire et celle de la Ve dynastie qu'Ouserkaf inaugure, qui ne présente alors aucun signe particulier d'une éventuelle décadence de moyen et de pouvoir. Plus raisonnablement et en l'absence de preuves concrètes de l'une ou l'autre des hypothèses avancées, il convient de comprendre ces particularités à l'aune des points de convergence avec le complexe de Djéser, fondateur de la IIIe dynastie, tout comme Ouserkaf est à l'origine d'une nouvelle dynastie de rois.

1. Photos


1. Images virtuelles


1. Références bibliographiques

Cecil Mallaby Firth, Excavation of the Department of Antiquities at Saqqara, ASAE no 29, 1929 ; Jean-Philippe Lauer, Le temple haut de la pyramide du roi Ouserkaf à Saqqarah, ASAE no 53, 1955 ; Ahmed El-Khouli, Excavation at the pyramid of Userkaf, JSSEA no 15, 1985 ; Mark Lehner, The Complete Pyramids, Thames & Hudson, Londres, 1997 ; Jean-Pierre Adam & Christiane Ziegler, Les pyramides d'Égypte, Paris, 1999 ; Richard H. Wilkinson, The Complete Temples of Ancient Egypt, Thames & Hudson, 2000 ; Audran Labrousse & Jean-Philippe Lauer, Les complexes funéraires d'Ouserkaf et de Néferhétepès - Vol 1 et 2, IFAO, 2000

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98 m

Pyramide de Néferhétepès

La pyramide de Néferhétepès est située au sud-est de la pyramide d'Ouserkaf, souverain dont elle fut probablement l'épouse principale. L'ensemble est situé à proximité de l'angle nord-est de l'enceinte du complexe funéraire de Djéser à Saqqarah. Elle a été découverte par Cecil Mallaby Firth qui fouilla la nécropole d'Ouserkaf en 1928 et l'identifia l'année suivante comme étant une pyramide de reine sans pouvoir l'attribuer avec certitude faute de document épigraphique probant lors des premières fouilles. Son identification à la tombe de Néferhétepès a été faite la première fois par Bernhard Grdseloff en 1943 à la suite de la découverte de reliefs mentionnant la « Mère royale Néferhétepès » dans le mastaba de Persen situé à près de deux cents mètres au sud du complexe pyramidal. L'hypothèse sera confirmée en 1979 par la découverte de reliefs par Audran Labrousse dans les ruines du temple funéraire de la reine, présentant les domaines agricoles associés au culte funéraire de la reine.
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333 m

Pyramide de Téti

La pyramide de Téti est une pyramide à faces lisses située au nord de Saqqarah en Égypte. Elle est, historiquement, la deuxième pyramide à textes. Les fouilles ont révélé une pyramide satellite, deux pyramides de reines accompagnées de structures cultuelles, ainsi qu'un temple funéraire. La pyramide fut ouverte par Gaston Maspero en 1882 et le complexe exploré durant plusieurs campagnes s'étalant de 1907 à 1965.
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337 m

Mastaba de Mérérouka

Le mastaba de Mérérouka est situé au nord de la pyramide de Téti à Saqqarah. C'est un vaste mastaba dont le plan complexe réunit en une véritable tombe familiale, sa femme Ouatet-Khethor, appelée également Sechséchet, fille du roi, ainsi que leur fils Méri-Téti. En tout, trente-deux salles sont réparties en trois groupes qui s’articulent à l’ouest et au nord d’un ensemble de pièces en enfilade débouchant sur une grande salle dont le plafond est soutenu par six piliers massifs. Elle comprend, aménagée dans son mur nord, une niche abritant une remarquable statue de Mérérouka dont l'originale est désormais conservée au Musée du Caire. Figuré debout les bras le long du corps, la main droite posée sur le devant de son pagne, la gauche enserrant un rouleau, signe d’une autorité royale déléguée, le défunt est paré d’une perruque ronde bouclée, d’un gorgerin lui couvrant les épaules et de bracelets aux poignets. Sa jambe gauche est avancée simulant le geste de la marche de telle sorte qu'il semble sortir du mur et s’avancer vers le visiteur. À ses pieds devant lui se trouve une grande table d’offrande taillée en forme de signe « hotep » dans un bloc d’albâtre, placée sur un piédestal auquel on pouvait accéder par un petit escalier de quatre courtes marches. La niche est encadrée par un tore et historiée de hiéroglyphes indiquant les formules qu’il convenait de réciter en l’honneur du mort ainsi que le détail des biens qui lui fallait pour lui assurer une vie prospère dans l’au-delà. Le décor tout entier de la salle et plus généralement de l’ensemble de l’édifice reprend ce principe en dépeignant les scènes de la vie quotidienne de domaines méticuleusement exploités pour le compte du maître des lieux. De part et d’autre de la niche, deux représentations de Mérérouka accompagné de son épouse figurée à plus petite échelle assistent au spectacle qui se déroule sous ses yeux. D’un côté une scène de fête où s’égayent danseuses, musiciens et convives. Vers la gauche, un long défilé des troupeaux de bovin tandis qu’en bas est représenté le gavage des hyènes. En plus de leur aspect narratif et d’une profusion de détails touchant au pittoresque, ces reliefs peints avaient une valeur symbolique. Ainsi des chasses et pêches dans les fourrés de papyrus ou le désert, symbolisent la maîtrise de la nature désordonnée. Ses animaux sauvages sont capturés et ramenés vivants. Ils seront gardés ou gavés, assurant ainsi la prospérité du domaine qui symbolise le pays tout entier. De même de grandes scènes montrant les travaux des champs depuis le semis jusqu’à la récolte outre leur aspect descriptif symbolisent par la succession des scènes les trois saisons qui rythmaient la vie au bord du Nil. Mérérouka figuré plusieurs fois souvent dans l’attitude de la marche, rappelant ainsi la statue dans la niche, semble ainsi être le cœur de cet univers symbolique, son apparition étant à chaque fois placée en meilleure position dans chaque scène. Le reste du mastaba est occupé par différentes salles également historiées et des magasins laissés vierge de toute décoration. On y trouve une stèle fausse porte en granite rouge placée au fond d’une pièce précédant la grande salle à piliers ainsi qu’un serdab qui contenait autrefois une autre statue de Mérérouka. La complexité du monument ainsi que son décor en font l'un des exemples les plus aboutis et achevés des tombes de courtisans de l'Ancien Empire.
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360 m

Mastaba d'Akhethétep

Le mastaba d'Akhethétep se trouve à Saqqarah, prenant place au sein d'un complexe funéraire qui s'est bâti et complété à différentes époques. Il a été découvert en 1903 par Georges Aaron Bénédite qui l'a fouillé et démonté pour être expédiée au Musée du Louvre où il est exposé. Des fouilles sont menées par le département des antiquités égyptiennes à partir de 1991 pour retrouver l'emplacement d'origine du mastaba et de sa chapelle.