La pyramide de Téti est une pyramide à faces lisses située au nord de Saqqarah en Égypte. Elle est, historiquement, la deuxième pyramide à textes. Les fouilles ont révélé une pyramide satellite, deux pyramides de reines accompagnées de structures cultuelles, ainsi qu'un temple funéraire. La pyramide fut ouverte par Gaston Maspero en 1882 et le complexe exploré durant plusieurs campagnes s'étalant de 1907 à 1965.

1. Le complexe funéraire

Le complexe pyramidal de Téti suit un modèle désormais établi depuis le règne de Djedkarê Isési, dont l'agencement est hérité des complexes funéraires d'Abousir. Un temple bas ou temple de la vallée, aujourd'hui disparu, probablement détruit dans l'Antiquité car à sa place à la Basse époque un temple consacré à Anubis s'y est édifié. Un temple haut ou temple funéraire mieux connu, mis au jour par James Edward Quibell à partir de 1906 relié au précédent par une chaussée couverte. En soi le plan du temple de Téti est également comparable sur beaucoup de points à celui d'Ounas qui est son prédécesseur immédiat. La partie d'accueil présente cependant un plan un peu particulier en raison d'une déviation de la chaussée qui traditionnellement aurait dû se trouver dans l'axe du temple mais est ici pour une raison inconnue déportée vers le sud. On accède donc au temple par le biais d'un premier vestibule d'un développement nord-sud en façade et rejoignant l'axe est-ouest du monument. Suivait dans cet axe principal un second vestibule dont l'épaisseur des murs suggère une couverture voûtée. Il devait probablement être la Chambre des Grands, sur les murs duquel les membres de la famille royale et les plus influents membres de la cour devaient être représentés, assistant et accompagnant le voyage éternel de leur souverain. Ce vestibule ouvrait sur une cour à ciel ouvert bordée sur ses quatre côtés de colonnades et dont l'objet principal était la présentation des offrandes et les libations rituelles qui avaient lieu quotidiennement au temple. Son unique issue se trouve centrée à l'ouest et donne accès à la partie intime, le sanctuaire. Incluse dans le péribole de la pyramide royale, cette partie sacrée était réservée aux prêtres du roi. S'y trouvait une chapelle à cinq niches qui devaient contenir les cinq naoi abritant cinq statues du roi apparaissant sous l'aspect des cinq divinités principales du royaume. Cette partie intime comprenait outre une salle abritant la stèle fausse porte du roi, véritable objet du culte funéraire, une double série de magasins rejetés de part et d'autre de l'axe du temple. La première série encadre la partie d'accueil et est accessible par un long corridor se développant sur toute la largeur de l'édifice, corridor qui débouche au sud et au nord à l'intérieur du péribole de la pyramide. La deuxième série encadre le sanctuaire et la salle des statues divines et n'était accessible que depuis cette dernière. Enfin dernier élément essentiel au culte funéraire, la pyramide-satellite ou pyramide cultuelle ceinte dans son propre péribole se trouve au sud-est de la pyramide royale et n'était donc accessible que par le corridor qui distribue magasins et salles de culte. Cette petite pyramide d'une dizaine de mètres de hauteur recouvrait un dispositif souterrain composé d'une courte descenderie menant à une chambre souterraine unique. Placée au milieu de la cour formée par son péribole, on a retrouvé devant sa face est et ouest deux bassins en granite aménagés dans le sol de la cour. Leur destination reste discutée par les égyptologues mais l'emplacement de ces bassins, qui suivent la course du soleil, semblent indiquer des pratiques rituelles qui éclairent quelque peu le rôle de ce monument annexe systématiquement présent dans les complexes pyramidaux égyptiens et dont aucune source écrite ne permet jusque-là de véritablement en saisir le sens.

1. La pyramide

L'orientation de la pyramide n'est pas alignée sur les quatre points cardinaux. En revanche, les proportions et le plan de la pyramide suivent exactement le même modèle que celui de la pyramide de Djedkarê Isési. Les dimensions et la pente sont les mêmes et le plan interne est également très similaire. L'accès aux chambres funéraires se situe à l'intérieur de la chapelle accolée contre la face nord de la pyramide. L'entrée débouche sur un couloir descendant de dix-huit mètres vingt-trois mètres de long. L'entrée était autrefois obstruée par un bouchon de granit aujourd'hui disparu. Le couloir descendant était probablement aussi obstrué sur toute sa longueur par de gros blocs de calcaire que les voleurs ont fait éclater et dont les débris encombraient encore le col au moment de la découverte. Au couloir descendant se succèdent un couloir horizontal, un vestibule, un autre couloir, une chambre aux herses, un dernier couloir et un passage de granit qui ouvre sur les appartements funéraires du roi. La chambre aux herses s'étend sur plus de six mètres et est conçue en alternant le calcaire et le granit. Les trois herses en granit, à l'origine abaissées, sont maintenant brisées en plusieurs morceaux laissant la voie libre aux visiteurs. Le couloir horizontal mène droit aux appartements funéraires composés d'un serdab, d'une antichambre et d'une chambre funéraire tous les trois alignés suivant l'axe est-ouest. La seule particularité du serdab est la taille d'un des blocs assurant sa couverture, six mètres soixante-douze de long pour une masse de quarante tonnes. L'antichambre et la chambre funéraire sont couvertes d'une énorme voûte en chevrons. Elles sont reliées par un passage dont l'accès était fermé par une porte à deux vantaux. Les parois de ces salles sont couvertes d'inscriptions gravées communément appelées textes des pyramides. La pyramide de Téti est donc le deuxième monument royal à contenir ce corpus théologique complexe destiné à aider et à accompagner la renaissance du roi devenu un dieu. La chambre funéraire comporte un sarcophage en grauwacke inachevé, un fragment du couvercle et une cuve à canopes qui n'est autre qu'un simple trou creusé dans le sol. Pour la première fois, un sarcophage royal comporte des inscriptions, ici gravées en léger creux à l'intérieur de la cuve. Bien que pillé dès l'Antiquité, lors de la première fouille du monument des restes du mobilier funéraire du roi ont été retrouvés. Constitués essentiellement de matériaux lithiques ces objets ont été abandonnés par les pillards, sans doute jugés inutile ou sans valeur. C'est ainsi qu'une série de têtes de massue aux noms de Téti nous est parvenu ainsi qu'un des vases canope contenant encore une partie des viscères du roi. L'élément le plus troublant retrouvé parmi ces débris du viatique funéraire reste le moule en plâtre d'un masque mortuaire. Le moulage reproduit nous transmet le visage d'un homme les yeux clos, la bouche légèrement entrouverte. L'expression est saisissante et il est proposé d'y voir le portrait de Téti ce qui serait donc le seul véritable portrait royal qui nous soit parvenu de l'Ancien Empire.

1. Photos


1. La nécropole de Téti

Tout autour du complexe funéraire du roi s'étend une des plus riches parties de la nécropole de Saqqarah. Le roi dont la destinée particulière semble avoir impressionné ses contemporains sera révéré par la suite comme un intercesseur divin particulièrement efficace au même titre que certains de ses courtisans qui en ont en quelque sorte hérité par réputation. Le roi était en outre accompagné par ses deux épouses principales qui auront le privilège d'avoir chacune une pyramide accompagnée d'un temple de culte.

Parmi les nombreux tombeaux qui forment cette nécropole de la VIe dynastie on citera notamment :

le complexe pyramidal de Khouit II ; le complexe pyramidal d'Ipout Ire ; le complexe pyramidal de Sechséchet Ire, la mère du roi ; le mastaba de Tétiânkh Khem, prince royal, fils de Téti et de Khouit ; le mastaba de Kagemni ; le mastaba d'Ânkhmahor ; le mastaba de Mérérouka. Non loin de la pyramide, Menkaouhor, un pharaon de la Ve dynastie fit construire sa pyramide, c'est l'un des prédécesseurs proche de Téti. Au Moyen Empire, le culte du roi est assuré comme le démontrent les découvertes récentes à l'est de la pyramide de Téti des tombeaux de Sa-Hathor-Ipy et Sekoueskhet, deux prêtres rattachés au culte du célèbre pharaon. Au Nouvel Empire d'autres tombes sont aménagées à proximité du complexe funéraire de Téti, qui est parfois désigné comme une véritable divinité. Sous le règne de Ramsès II, Khâemouaset, prince royal, grand prêtre de Ptah, fera même restaurer la pyramide du lointain souverain, prenant le soin de réinscrire son nom sur l'une des faces de sa pyramide. Enfin à la Basse époque, la ferveur populaire pour les dieux de Saqqarah s'accrue au point qu'un temple consacré à Anubis est construit sur le complexe funéraire de Téti dont la pyramide continuait à dominer l'ensemble de la vallée et devait rester un monument sacré pour tous les dévots qui empruntaient alors le long dromos menant au Sérapéum et qui longeait la vénérable pyramide de Téti.

1. Notes


1. Bibliographie

Ouvrage cité dans le texte David P. Silverman, Middle Kingdom tombs in the Teti pyramid cemetery, Abusir and Saqqara in the year 2000, Pragues, 2000 ; Autres ouvrages Cecil Mallaby Firth, The Teti pyramid cemeteries, Excavations at Saqqara, Le Caire, Service des antiquités de l’Égypte, 1926 ; Jean-Philippe Lauer & Jean Leclant, Le temple haut du complexe funéraire du roi Téti, IFAO, coll. « Bulletin d'Études no 51 », 1972 ; Sydney Hervé Aufrère & Jean-Claude Golvin, L'Égypte restituée, vol. 3, 1997 ; Jean-Pierre Adam & Christiane Ziegler, Les pyramides d'Égypte, 1999 ; Audran Labrousse, L'architecture des pyramides à textes, vol. II, 2000.

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81 m

Mastaba de Mérérouka

Le mastaba de Mérérouka est situé au nord de la pyramide de Téti à Saqqarah. C'est un vaste mastaba dont le plan complexe réunit en une véritable tombe familiale, sa femme Ouatet-Khethor, appelée également Sechséchet, fille du roi, ainsi que leur fils Méri-Téti. En tout, trente-deux salles sont réparties en trois groupes qui s’articulent à l’ouest et au nord d’un ensemble de pièces en enfilade débouchant sur une grande salle dont le plafond est soutenu par six piliers massifs. Elle comprend, aménagée dans son mur nord, une niche abritant une remarquable statue de Mérérouka dont l'originale est désormais conservée au Musée du Caire. Figuré debout les bras le long du corps, la main droite posée sur le devant de son pagne, la gauche enserrant un rouleau, signe d’une autorité royale déléguée, le défunt est paré d’une perruque ronde bouclée, d’un gorgerin lui couvrant les épaules et de bracelets aux poignets. Sa jambe gauche est avancée simulant le geste de la marche de telle sorte qu'il semble sortir du mur et s’avancer vers le visiteur. À ses pieds devant lui se trouve une grande table d’offrande taillée en forme de signe « hotep » dans un bloc d’albâtre, placée sur un piédestal auquel on pouvait accéder par un petit escalier de quatre courtes marches. La niche est encadrée par un tore et historiée de hiéroglyphes indiquant les formules qu’il convenait de réciter en l’honneur du mort ainsi que le détail des biens qui lui fallait pour lui assurer une vie prospère dans l’au-delà. Le décor tout entier de la salle et plus généralement de l’ensemble de l’édifice reprend ce principe en dépeignant les scènes de la vie quotidienne de domaines méticuleusement exploités pour le compte du maître des lieux. De part et d’autre de la niche, deux représentations de Mérérouka accompagné de son épouse figurée à plus petite échelle assistent au spectacle qui se déroule sous ses yeux. D’un côté une scène de fête où s’égayent danseuses, musiciens et convives. Vers la gauche, un long défilé des troupeaux de bovin tandis qu’en bas est représenté le gavage des hyènes. En plus de leur aspect narratif et d’une profusion de détails touchant au pittoresque, ces reliefs peints avaient une valeur symbolique. Ainsi des chasses et pêches dans les fourrés de papyrus ou le désert, symbolisent la maîtrise de la nature désordonnée. Ses animaux sauvages sont capturés et ramenés vivants. Ils seront gardés ou gavés, assurant ainsi la prospérité du domaine qui symbolise le pays tout entier. De même de grandes scènes montrant les travaux des champs depuis le semis jusqu’à la récolte outre leur aspect descriptif symbolisent par la succession des scènes les trois saisons qui rythmaient la vie au bord du Nil. Mérérouka figuré plusieurs fois souvent dans l’attitude de la marche, rappelant ainsi la statue dans la niche, semble ainsi être le cœur de cet univers symbolique, son apparition étant à chaque fois placée en meilleure position dans chaque scène. Le reste du mastaba est occupé par différentes salles également historiées et des magasins laissés vierge de toute décoration. On y trouve une stèle fausse porte en granite rouge placée au fond d’une pièce précédant la grande salle à piliers ainsi qu’un serdab qui contenait autrefois une autre statue de Mérérouka. La complexité du monument ainsi que son décor en font l'un des exemples les plus aboutis et achevés des tombes de courtisans de l'Ancien Empire.
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128 m

Pyramide de Khouit II

La pyramide de Khouit II est située au nord-est de la pyramide du pharaon Téti, dont elle fut l'une des grandes épouses royales. Elle fait partie intégrante de la nécropole bâtie à l'époque de Téti autour de son complexe pyramidal à Saqqarah. Elle a été découverte par Victor Loret qui fouilla la nécropole de la pyramide de Téti entre 1897 et 1899 puis fut à nouveau explorée près d'un siècle plus tard par Vito Maragioglio et Celeste Rinaldi. En raison de son état de ruine les conclusions de ces premières explorations étaient alors qu'il s'agissait d'un mastaba. Depuis, oubliée et disparue à nouveau sous les sables, elle n'a été remise au jour qu'en 1995 lors de fouilles plus exhaustives menées par le Conseil suprême des Antiquités égyptiennes et dirigées alors par Zahi Hawass, révélant que le monument avait bien été conçu comme une pyramide.
135 m

Pyramide de Menkaouhor

La pyramide de Menkaouhor est une pyramide à faces lisses située au nord de Saqqarah en Égypte. Jusqu'en 2008, elle portait le nom de pyramide no XXIX de Lepsius donné par son découvreur Karl Richard Lepsius, ou encore de pyramide décapitée. Au terme de fouilles menées en 2008 par Zahi Hawass, elle est attribuée au pharaon Menkaouhor, de la Ve dynastie, sur la base de critères architecturaux, aucune inscription n'ayant été retrouvée. Le bâtiment est situé à l'extrême nord de la nécropole de Saqqarah, à l'est de la pyramide de Téti.
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161 m

Pyramide d'Ipout Ire

La pyramide d'Ipout Ire est située au nord-est du complexe pyramidal de Téti à Saqqarah. Elle a été découverte par Victor Loret qui fouilla la nécropole de la pyramide de Téti entre 1897 et 1899 puis explorée à nouveau par Cecil Mallaby Firth lors de sa campagne de fouilles à Saqqarah entre 1920 et 1930. Ce complexe funéraire présente des singularités qui démontrent que le monument a subi de profondes modifications de structure signalant que la personnalité à laquelle il était dédié eut un destin hors du commun.