Pyramide de Menkaouhor
La pyramide de Menkaouhor est une pyramide à faces lisses située au nord de Saqqarah en Égypte. Jusqu'en 2008, elle portait le nom de pyramide no XXIX de Lepsius donné par son découvreur Karl Richard Lepsius, ou encore de pyramide décapitée. Au terme de fouilles menées en 2008 par Zahi Hawass, elle est attribuée au pharaon Menkaouhor, de la Ve dynastie, sur la base de critères architecturaux, aucune inscription n'ayant été retrouvée. Le bâtiment est situé à l'extrême nord de la nécropole de Saqqarah, à l'est de la pyramide de Téti.
1. Histoire de la recherche
Une première brève description a été donnée par Karl Richard Lepsius, qui a visité sa ruine en 1843 et l'a cataloguée avec le numéro XXIX dans sa liste des pyramides. Gaston Maspero a été le premier à entrer dans les infrastructures de la pyramide en 1881, à la recherche des Textes des pyramides, qu'il n'y trouva pas. Alexandre Barsanti travailla à Saqqara en 1900, dégageant une partie de la pyramide. Une première fouille de la ruine, très courte et peu systématique, n'a cependant eu lieu qu'en 1930 par Cecil M. Firth. Ensuite, la ruine a été à nouveau recouverte de sable. La première excavation systématique de la structure a été menée dans les années 2005-2008 par une équipe dirigée par Zahi Hawass.
1. Description
1. = Plan =
Les complexes funéraires de l'Ancien Empire se composent généralement de cinq éléments principaux : (1) un temple de la vallée ; (2) une chaussée ; (3) un temple funéraire ; (4) une pyramide de culte ; et (5) la pyramide principale. La « Pyramide sans tête » possède une pyramide principale identifiable avec ses infrastructures et un temple funéraire. Il subsiste quelques vestiges d'une pyramide de culte présumée et d'une chaussée, mais aucune trace de temple de la vallée. Le complexe est globalement en très mauvais état.
1. = Pyramide principale =
Selon Celeste Rinaldi et Vito Maragioglio, la base de la pyramide mesurait environ 65 mètres de long sur 68 mètres de large ; selon Lepsius, elle mesurait environ 60 mètres de long ; et selon Firth, environ 52 mètres de long. Il ne reste pratiquement rien de la superstructure, d'où son nom arabe local de « Pyramide sans tête ». Cette pyramide était entourée d'une enceinte en briques de terre crue.
1. = Infrastructure =
L'entrée des appartements funéraires se situe approximativement au milieu de la face nord de la pyramide. Le passage descendant mesurait probablement 7,6 mètres de long, mais son point d'entrée d'origine se trouve désormais sous une maison et ne peut donc être entièrement fouillé. Les vestiges du passage sont limités, bien qu'il semble avoir présenté une pente descendante de 30° et un pavage en calcaire blanc fin. Le passage débouche sur une salle de 2,75 mètres du nord au sud et de 2,06 mètres d'est en ouest, aux murs revêtus de calcaire blanc fin. Au-delà de la salle se trouve un passage revêtu de granit, scellé par deux herses en granit rose. Ce passage mesure 5,6 mètres de long et sa hauteur sous plafond est estimée à 3,8 mètres. Les pierres des herses ont une épaisseur de 0,5 mètre. Le scellement du passage indique qu'une inhumation a eu lieu. Un second couloir de 7 mètres de long mène ensuite à l'antichambre et à la chambre funéraire. L'antichambre a disparu et ne conserve plus aucun mur, mais ses dimensions ont pu être estimées grâce aux contours laissés au sol, indiquant une longueur de 3,2 mètres. La chambre funéraire, en bien meilleur état, mesure environ 8 mètres d'est en ouest sur 3,2 mètres du nord au sud, avec des murs atteignant une hauteur d'au moins 4,15 mètres et un sol initialement pavé de calcaire blanc fin. À l'intérieur de la chambre funéraire, le couvercle intact d'un sarcophage en schiste gris a été mis au jour. Ce couvercle mesurait 2,65 mètres sur 1,09 mètre et recouvrait des ouvertures pratiquées dans le sol, probablement destinées à contenir des vases canopes. Enfin, attenant à l'antichambre se trouvait un serdab présumé, dont il ne subsiste aujourd'hui que les contours, indiquant des dimensions possibles de 3,85 mètres d'est en ouest et de 3,2 mètres du nord au sud.
1. = Temple funéraire et pyramide de culte =
Le temple funéraire adjacent à la pyramide est connu sous son nom arabe local de « prison de Joseph ». Au sud, délimité par l'enceinte, se trouvaient les vestiges d'un autre édifice plus petit, probablement la pyramide de culte.
1. = Chaussée et temple de la vallée =
Il subsiste des vestiges d'une chaussée menant aux terres fertiles à l'est de la pyramide, mais aucune trace de temple de la vallée n'a été mise au jour.
1. Datation
La date de construction et l'identité du propriétaire du complexe demeurent indéterminées, bien que des chercheurs aient avancé des hypothèses et présenté des éléments en faveur de différentes hypothèses concernant divers pharaons et des périodes s'étendant de l'Ancien Empire à la Première Période intermédiaire, en passant par le Moyen Empire. Une attribution formelle reste impossible en raison du manque de sources textuelles. Par conséquent, les attributions des égyptologues à un roi restent dans l'absolu incertaines.
1. = Ity =
Les fouilles de Firth ont permis de mettre au jour quelques vestiges qui l'ont conduit à attribuer la pyramide au pharaon éphémère Ity, rattaché à la VIIIe dynastie. Firth pensait cependant qu'Ity était contemporain de Téti, de la VIe dynastie, et qu'il lui avait succédé. Une hypothèse suggère qu'Ity et Ouserkarê seraient un seul et même pharaon, ayant régné brièvement deux ans après Téti. Il a également identifié le nom de la pyramide comme étant Baou Ity, signifiant « les âmes-Ba d'Ity », d'après une inscription trouvée à Ouadi Hammamat.
1. = Mérykarê =
En 1994, Jaromír Málek a proposé que le complexe soit la pyramide longtemps recherchée du roi Mérykarê de la IXe-Xe dynastie. Málek a identifié un bloc près du site portant une inscription partielle du nom de Mérykarê, ainsi que la présence de deux tombes de fonctionnaires associés à Mérykarê près de la pyramide, comme autant d'éléments étayant cette hypothèse. On sait que la pyramide est située près de celle de Téti, au nord de Saqqarah ; les vestiges apparaîssent donc comme une candidate idéale, d'autant plus qu'aucune autre pyramide de la Ve dynastie ne se trouve à proximité immédiate. Ahmed Fakhry, s'appuyant sur les découvertes de Firth concernant de fausses portes et des sarcophages appartenant à des prêtres du culte de Mérykarê, a également suggéré que les vestiges soient la pyramide de Mérykarê. Il n'existe aucune autre pyramide candidate pour Mérykarê.
1. = Amenemhat Ier =
Après avoir examiné la réutilisation par Amenemhat Ier de blocs de pyramides de l'Ancien Empire dans son monument d'Licht, Dieter Arnold a constaté qu'un bloc spécifique, datant de cette période, ne provenait ni de la pyramide no XXIX de Lepsius ni de la pyramide no L de Lepsius. Il a alors suggéré que la pyramide de Menkaouhor – le point d'origine présumé de ce bloc – restait à découvrir, située quelque part dans le sud de Saqqarah. David Silverman, quant à lui, propose que la pyramide puisse appartenir à Amenemhat Ier, se basant sur des textes provenant des tombeaux d'Ihy et d'Hetep et sur la position de la pyramide par rapport aux autres dans la région. Josef Wegner ajoute que la présence du culte funéraire de Téti au Moyen Empire pourrait constituer un autre indice permettant de la dater du règne d'Amenemhat Ier.
1. = Menkaouhor =
Jean-Philippe Lauer et Jean Leclant, travaillant sur la pyramide voisine de Téti, ont émis l'hypothèse que la pyramide aurait pu être commanditée par Menkaouhor. Ils ont fondé leur hypothèse sur le décalage vers le sud de la chaussée de Téti et sur la maçonnerie utilisée dans la pyramide. Vito Maragioglio et Celeste Rinaldi ont conforté cette hypothèse après avoir constaté que le couloir d'accès aux infrastructure était décalé à l'est de l'axe nord-sud – une caractéristique des infrastructures pyramidales entre les règnes de Néferirkarê Kakaï et de Djedkarê Isési – et après n'avoir découvert aucun texte pyramidal. Jocelyn Berladini a analysé les sources textuelles disponibles à la fin des années 1970 et est parvenu à la même conclusion. Cependant, Rainier Stadelmann a noté que la présence d'un mastaba de la IIIe dynastie perçant le mur de la pyramide indiquait qu'elle avait été construite bien plus tôt. Un décret de Pépi Ier de la VIe dynastie, découvert dans la cité pyramidale de la Pyramide rouge de Snéfrou et mentionnant la pyramide de Menkaouhor, a permis d'attribuer la pyramide no L de Lepsius, trouvé immédiatement au nord-est, à Menkaouhor selon Stadelmann et Ludwig Borchardt[38], bien que cette attribution soit fortement contestée. Le texte du décret relatif à la pyramide de Menkaouhor est le suivant : « Ma Majesté ordonne que personne ne soit envoyé creuser dans le temple de la pyramide. “Divins sont les lieux d’Ikaouhor” ». Une fouille systématique des infrastructures, menée entre 2005 et 2008 par Zahi Hawass, confirme selon lui son attribution à la Ve dynastie. Bien qu'aucune inscription portant le nom d'un roi n'ait été trouvée, Hawass l'a attribuée à Menkaouhor car il est le seul pharaon de la Ve dynastie dont la pyramide est restée non identifiée. Hawass cite l'absence de textes pyramidaux pour indiquer une datation antérieure à la fin de la Ve dynastie ou au Moyen Empire, le style architectural du complexe pour le dater des environs de Djedkarê Isési, le style des pierres de la herse pour le dater d'avant Djedkarê Isési, l'utilisation extensive de matériaux de qualité témoignant de l'abondance économique de la Ve dynastie, et la présence de tombes liées au culte funéraire de Menkaouhor comme preuves pour attribuer la pyramide à Menkaouhor.
1. Notes et références
1. = Notes =
1. = Références =
1. Bibliographie
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