Le pont Ezequiel Demonty (en espagnol Puente Ezequiel Demonty), anciennement (jusqu’en 2015) — et encore communément — appelé pont Alsina, est un pont situé dans la proche banlieue sud de Buenos Aires. Enjambant le fleuve Riachuelo, il relie, par le biais de l’avenue Sáenz, le quartier de Nueva Pompeya au nord, qui fait partie de la ville autonome de Buenos Aires, avec la localité de Valentín Alsina au sud, laquelle appartient au partido de Lanús, dans la province de Buenos Aires. Édifié entre 1932 et 1938, il se signale par la présence, au niveau de ses culées, sur les deux rives du fleuve, d’un monumental double portail de style néo-baroque colonial. Il eut originellement pour nom officiel Puente José Félix Uriburu, en hommage au dictateur arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’État en 1930 ; cependant, en 2002, il fut décidé de le rebaptiser Puente Valentín Alsina, rétablissant ainsi le nom porté par les deux ponts (l’un en bois, l’autre en acier) qui avaient antérieurement occupé le même emplacement pendant la seconde moitié du XIXe siècle et les premières décennies du XXe. En vertu d’un résolution de la municipalité de Buenos Aires, le pont porte depuis 2015 officiellement le nom de Puente Ezequiel Demonty.

1. Histoire


1. = Prédécesseurs =

En 1855, Enrique Ochoa de Zuazola y Elorringa, d’origine basque, sollicita et obtint l’autorisation de construire un pont sur le fleuve Riachuelo, à la hauteur du gué connu sous le nom de Paso de Burgos. Cependant, le pont, construit en maçonnerie, et sur le point d’être achevé, fut emporté par une crue. L’année suivante, Zuazola entreprit une nouvelle tentative avec de nouveau un pont en maçonnerie, mais en confia les travaux à l’ingénieur d’origine savoyarde Charles Henri Pellegrini. Toutefois, lorsque le pont était en passe d’être terminé, il fut derechef détruit par une violente crue. Lors d’une troisième tentative, où furent utilisés des poutres d’urunday, de schinopsis et de tabebuia, les travaux purent être menés à leur terme, et le nouvel ouvrage, baptisé du nom de celui qui avait été peu auparavant gouverneur de Buenos Aires, Valentín Alsina, fut inauguré le 26 novembre 1859. Comme il avait été construit avec des fonds privés, les usagers devaient s’acquitter d’un péage pour l’utiliser. En 1880, dans le contexte du conflit entre le gouvernorat de la province de Buenos Aires et le gouvernement fédéral argentin sur la question de la fédéralisation de la ville de Buenos Aires (c’est-à-dire sur le projet visant à mettre la capitale argentine sous la tutelle directe de l’autorité fédérale), les forces nationales, sous le commandement du colonel Eduardo Racedo livrèrent aux alentours du pont une bataille sanglante contre les troupes provinciales bonaerenses, emmenées par le colonel José Inocencio Arias ; les combats, qui laissèrent de nombreux morts, virent la victoire de ces dernières et entreront dans l’histoire sous le nom de bataille de Puente Alsina. En 1885, après que Buenos Aires eut néanmoins été fédéralisée, le gouvernement national fit acquisition de l’ouvrage moyennant indemnisation appropriée. Le 5 juin 1888, à 3 heures 20 UTC-3, le pont eut à subir une forte secousse sismique de magnitude 5,5 environ sur l’échelle de Richter, dans le cadre du tremblement de terre du Río de la Plata de 1888. En 1910, compte tenu du mauvais état dans lequel il se trouvait, le pont fut remplacé, à titre provisoire, par une construction en fer.

1. = Pont actuel =

L’initiative du pont actuel revient au Dr Pablo Calatayud, ministre des Travaux publics sous le lieutenant-général José Félix Uriburu, qui gouverna l’Argentine entre 1930 et 1932 au titre de président de la république de facto. L’ouvrage, édifié selon les plans de l’ingénieur José Calixto Álvarez, a ceci de singulier qu’il comporte, à la hauteur de ses culées, des porches d’accès en style néocolonial espagnol. Mis en service le 26 novembre 1938, il sera rebaptisé quelques années plus tard du nom du général Uriburu. Les travaux de construction débutèrent dans les derniers mois de 1932, et le montage de la partie métallique du pont commença en février 1937, lorsque s’en furent revenus d’Allemagne les ingénieurs Gutiérrez Salinas et William George Adair, dépêchés en Europe par le président Justo en août 1935. Le nouveau pont fut construit auprès de l’ancien, un peu en aval. Cette même année 1937, les constructeurs achevèrent de monter les parties fixes.
Le pont, composé de deux ponts juxtaposés identiques, dispose de deux rampes d’accès, d’une inclinaison de 2,75%, à l’usage exclusif des véhicules, tandis que les piétons peuvent y accéder par des escaliers aménagés à la hauteur des culées. Sous la rampe côté province (sud) court la ligne de chemin de fer à voie unique de l’ancienne compagnie ferroviaire Midland de Buenos Aires (l’actuelle ligne Belgrano Sur). Pendant le déroulement des travaux, l’entreprise de construction dut réaliser une déviation côté province pour assurer l’accessibilité de l’ancien pont, vu que les voies du chemin de fer Midland empêchaient d’accéder à cette structure. D’autre part, le vieux pont étant dépourvu de trottoirs, et eu égard à l’important trafic de véhicules et au danger que cela représentait pour les piétons, il fallut doubler ce pont d’une passerelle en surplomb réservée à ces derniers.

1. = Changements de dénomination =

En 2002, la législature de Buenos Aires adopta une loi restituant à l’ouvrage son ancien nom de Puente Alsina. En 2015 pourtant, cette même assemblée portègne prit une loi tendant à rebaptiser le pont du nom de Puente Ezequiel Demonty en l’honneur d’Ezequiel Demonty, jeune homme de 19 ans victime de brutalités policières, qui fut torturé par des agents du 34e commissariat puis contraint de se jeter dans le Río Matanza-Riachuelo en septembre 2002.

1. Spécifications techniques

Le pont Alsina présente les caractéristiques suivantes :

Longueur du pont d’une culée à l’autre : 173,16 m Portée des portions de pont entre pile et culée : 65,33 m Portée de la portion centrale mobile : 42,50 m Largeur utile de la chaussée : 18,00 m, répartis en six bandes de circulation de 3 m chacune. Deux accès extérieurs (escalier), d’une largeur de 3 m chacun. Angle formé avec l’axe du cours d’eau : 64° 26′ 40″ Les contrepoids et le revêtement de la chaussée pèsent 1410 tonnes pour chacun des deux ponts juxtaposés. La partie basculante atteint, lorsqu’élevée au maximum, une hauteur de 59 m au-dessus du plan de la surface carrossable.

1. Le pont Alsina dans la culture populaire

En raison de son caractère monumental et de son rôle de point de passage obligatoire entre, d’une part, au nord, le quartier de Nueva Pompeya, faubourg sud de la Ville autonome de Buenos Aires, et d’autre part, au sud, la localité de Valentín Alsina, sise sur la rive méridionale du Riachuelo et appartenant au partido de Lanús, ce pont en est venu à faire figure d’icône de la banlieue sud (Sur) de la capitale argentine. Ses portails baroques avec ses pignons chantournés ont laissé une empreinte durable dans l’esprit des milliers de personnes qui l’empruntent quotidiennement pour traverser le Riachuelo. Le Puente Alsina a été et continue d’être une source d’inspiration pour nombre d’artistes, qui l’ont immortalisé dans la musique, la peinture et la poésie. Son aspect élégant contraste avec la zone urbaine périphérique et décadente qui l’environne. C’est le pont tanguero dans tous les sens du terme, d’abord parce qu’il est localisé dans le berceau même de ce genre musical, ensuite parce qu’il constitue un tronçon commun sur le trajet quotidien de beaucoup de gens qui, en le franchissant, évoquent ou imaginent des histoires d’amour, d’espérance et de trahison. En considération de son histoire et dans le but de mettre pleinement en valeur son patrimoine, c’est là que fut établi, à l’initiative du gouvernement de la ville de Buenos Aires, le Polo Bandoneón, espace où s’enseigne le maniement de cet instrument, en plus d’héberger des ateliers de lutherie, une école d’acrobaties de cirque, entre autres activités culturelles. Il y a dans la littérature portègne quelques allusions au pont Alsina, ainsi p. ex. le tango Puente Alsina, interprété par Jorge Vidal (Orquesta Osvaldo Pugliese), sur des paroles de Benjamín Tagle Lara :

Le pont est aussi le décor du film Puente Alsina, réalisé par José Agustín Ferreyra et sorti en salle en août 1935, avec dans les rôles principaux Delia Durruty et José Gola. La fille de l’ingénieur chargé de diriger les travaux de construction du pont accomplit un geste d’émancipation sociale en rompant avec son fiancé, individu assez borné, après s’être épris d’un ouvrier.

1. Références

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Nearby Places View Menu
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180 m

Puente Valentín Alsina

The Puente Alsina, formerly known as the Puente Uriburu, is a neo-colonial bridge inaugurated in 1938, that joins the neighbourhood of Nueva Pompeya in the Argentine capital (Buenos Aires) with the city of Valentín Alsina (District of Lanús, Gran Buenos Aires), crossing over the Riachuelo.
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333 m

Puente Alsina railway station

Puente Alsina is an Argentine former railway station in the Greater Buenos Aires neighbourhood of Valentín Alsina in the Lanús partido of Buenos Aires Province. The station took its name from the nearby bridge of Puente Alsina over the Riachuelo River. On the other side of this bridge lies the neighbourhood of Nueva Pompeya within the city of Buenos Aires. The station has remained inactive since August 2017 following the closure of the entire Puente Alsina–Aldo Bonzi line due to a derailment.
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952 m

Valentín Alsina, Buenos Aires

Valentín Alsina is a city in the Lanús Partido of Buenos Aires Province, Argentina. It is located next to Buenos Aires city in the Gran Buenos Aires urban area.
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1.8 km

Viceroyalty of the Río de la Plata

The Viceroyalty of the Río de la Plata or Viceroyalty of Buenos Aires (Spanish: Virreinato del Río de la Plata or Virreinato de Buenos Aires or Spanish: Virreinato de las Provincias del Río de la Plata) meaning "River of the Silver", also called the "Viceroyalty of River Plate" in some scholarly writings, in southern South America, was the last to be organised and also the shortest-lived viceroyalty of the Spanish Empire in the Americas. The name "Provincias del Río de la Plata" was formally adopted in 1810 during the Cortes of Cádiz to designate the Viceroyalty of the Río de la Plata. The Viceroyalty was established in 1776 from several former Viceroyalty of Perú dependencies that mainly extended over the Río de la Plata Basin, roughly the present-day territories of Argentina, northern Chile, Bolivia, Paraguay and Uruguay, extending inland from the Atlantic Coast. The colony of Spanish Guinea (present-day Equatorial Guinea) also depended administratively on the Viceroyalty of Rio de la Plata. Buenos Aires, located on the western shore of the Río de la Plata estuary flowing into the Atlantic Ocean, opposite the Portuguese outpost of Colonia del Sacramento, was chosen as the capital. Usually considered one of the late Bourbon Reforms, the organization of this viceroyalty was motivated on both commercial grounds (Buenos Aires was by then a major spot for illegal trade), as well as on security concerns brought about by the growing interest of competing foreign powers in the area. The Spanish Crown wanted to protect its territory against Great Britain and the Kingdom of Portugal. But these Enlightenment reforms proved counterproductive, or perhaps too late, to quell the colonies' demands. The entire history of this Viceroyalty was marked by growing domestic unrest and political instability. Between 1780 and 1782, the Rebellion of Túpac Amaru II inspired a violent Aymara-led revolt across the Upper Peru highlands, demonstrating the great resentment against colonial authorities by both the mestizo and indigenous populations. Twenty-five years later, the Criollos, native-born people of Spanish descent, successfully defended against two successive British attempts to seize control of Buenos Aires and Montevideo. This enhanced their sense of autonomy and power at a time when Spanish troops were unable to help. In 1809, the Criollo elite revolted against colonial authorities at La Paz and Chuquisaca, establishing revolutionary governments or juntas. Although short-lived, retroversion of the sovereignty to the people provided a theoretical basis for the legitimacy of the locally based governments (temporarily in the absence of a legitimate king in Spain). These events proved decisive at the 1810 May Revolution events deposing Viceroy Cisneros at Buenos Aires. The name "Provincias del Río de la Plata" was formally adopted in 1810 during the Cortes of Cádiz to designate the Viceroyalty based on popular sovereignty. The revolution in Buenos Aires spread across the Spanish Provincias del Río de la Plata, against the resistance of Paraguay (which declared itself an independent nation in 1811) and the Upper Peru (which remained controlled by royalist troops from Lima, and was eventually re-incorporated into the Viceroyalty of Peru). Meanwhile, the Governor of Montevideo Francisco Javier de Elío, appointed as a new Viceroy by the Spanish Government in 1811, declared the Buenos Aires Junta seditious. However, after being defeated at Las Piedras, he retained control only of Colonia del Sacramento and Montevideo. He departed by ship to Spain on 18 November and resigned in January 1812. In 1814, the revolutionary patriots entered Montevideo, following a two-year-long siege. The Viceroyalty was disestablished in 1825 as Spanish political entity with the fall of Upper Peru and the death of the last Viceroy Pedro Antonio Olañeta.
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1.8 km

United Provinces of the Río de la Plata

The United Provinces of the Río de la Plata (Spanish: Provincias Unidas del Río de la Plata), earlier known as the United Provinces of South America (Spanish: Provincias Unidas de Sudamérica), was a name adopted in 1816 by the Congress of Tucumán for the region of South America that declared independence in 1816, with the Sovereign Congress taking place in 1813, during the Argentine War of Independence (1810–1818) that began with the May Revolution in May of 1810. It originally comprised rebellious territories of the former Spanish Viceroyalty of the Río de la Plata dependencies and had Buenos Aires as its capital. The name Provincias del Río de la Plata (formally adopted during the Cortes of Cádiz to designate the Viceroyalty of the Río de la Plata) alludes to the Junta Provisional Gubernativa de las Provincias del Río de la Plata or Primera Junta. It is best known in Argentinean literature as Provincias Unidas del Río de la Plata ('United Provinces of the River Plate' i.e. 'river of silver'), this being the most common name (since 1811) in use for the country until the enactment of the 1826 Constitution. The Argentine National Anthem refers to the state as "the United Provinces of the South". The Constitution of Argentina recognises Provincias Unidas del Río de la Plata as one of the official names of the country, referred to as "Argentine Nation" (Nación Argentina) in modern legislation.