Pyramide de Khentkaous II
La pyramide de Khentkaous II est un tombeau de reine récemment identifié par les égyptologues tchèques qui fouillent le site depuis le début des années 1970. Elle est située entre les pyramides de Néferirkarê Kakaï et de Néferefrê au sud du plateau rocheux qui domine la vallée et l'ancien lac d'Abousir. L'ensemble sera achevé par Niouserrê puis Djedkarê Isési.
1. Découverte et fouilles
La zone de la pyramide de Khentkaous II, située directement au sud du complexe pyramidal de Néferirkarê, fut explorée pour la première fois au début du XXe siècle par Ludwig Borchardt, qui y découvrit également des vestiges du complexe. Après quelques sondages, il les identifia à tort comme un double mastaba. Enthousiasmé par la découverte d'un fragment de papyrus de la Ve dynastie, l'archéologue tchèque Miroslav Verner explora cette zone jusque-là inconnue lors des fouilles qu'il mena à Abousir avec son équipe de 1975 à 1980. Il découvrit alors qu'il ne s'agissait pas d'un mastaba, mais d'un petit complexe pyramidal. Grâce à ses fouilles, Verner put attribuer avec certitude la structure à une reine nommée Khentkaous. On ignorait initialement s'il s'agissait de la même personne que Khentkaous Ire de la IVe dynastie, dont le tombeau se trouve à Gizeh. Khentkaous Ire et Khentkaous II portaient tous deux un titre inhabituel pouvant être traduit par « Mère de deux rois de Haute et Basse-Égypte » ou par « Mère du roi de Haute et Basse-Égypte et roi de Haute et Basse-Égypte ». Cependant, grâce au contexte archéologique, il a été possible de dater la pyramide d'Abousir de la Ve dynastie et d'identifier sa propriétaire comme étant l'épouse de Néferirkarê Kakaï et la mère des rois Néferefrê et Niouserrê : Khentkaous II.
1. Construction
La construction de la pyramide de Khentkaous II débuta sous le règne de son époux Néferirkarê et semble avoir été initialement conçue comme une simple pyramide de reine au sein du complexe pyramidal de Néferirkarê. Des inscriptions de cette phase de construction mentionnent Khentkaous II avec le titre d'« épouse Royale ». Entre la dixième et la onzième année de règne du roi, les travaux, qui avaient atteint la hauteur du toit de la chambre funéraire, furent interrompus. Cette interruption est probablement due au décès du roi. Bien que la poursuite de la construction durant le court règne de Néferefrê ne puisse être exclue, les preuves à ce sujet sont très minces. Ce n'est que sous Niouserrê que les travaux semblent avoir repris sur le complexe. Sur les inscriptions de cette époque, Khentkaous II est désignée comme « Reine mère ». Durant cette période, la pyramide fut achevée, un temple fut érigé en deux phases et le reste du complexe fut construit. Il existe également une inscription de cette époque qui lui attribue le titre de Mw.t-nsw-bj.tj-nsw-bj.tj, pouvant se lire « Mère du roi de Haute et Basse-Égypte et roi de Haute et Basse-Égypte » ou « Mère de deux rois de Haute et Basse-Égypte ». La première interprétation indiquerait que Khentkaous II a régné en tant que monarque de plein droit pendant au moins une courte période – une possibilité également étayée par la représentation d’elle avec les symboles royaux.
1. Le complexe funéraire
Khentkaous II choisit donc d'établir son complexe funéraire au plus proche de ceux de son époux et de son fils aîné. Il est constitué d'un petit temple funéraire accolé à la face est de la pyramide ainsi que d'une pyramide-satellite placée au sud est du péribole. Ce fait sans précédent pour la sépulture d'une reine, témoigne de l'influence de la souveraine qui assura certainement la régence de son premier fils, alors encore très jeune lors de son accession au trône à la suite du décès prématuré de Néferirkarê, ainsi que de son second fils, Niouserrê qui était également mineur lors de la mort de son aîné Néferefrê.
1. = Chapelle nord =
Au centre de la face nord de la pyramide se trouvait une petite chapelle d'offrandes, qui abritait probablement un autel. Cette petite structure est située légèrement à l'est de l'entrée des infrastructures de la pyramide. Il ne reste aujourd'hui que de très faibles vestiges de la chapelle nord.
1. = Pyramide de culte =
Dans l'angle sud-est se dressait une petite pyramide de culte, mesurant 5,2 × 5,2 mètres à la base et d'une hauteur d'environ 4,5 mètres – nettement plus abrupte que la pyramide principale, avec une inclinaison d'environ 60°. La pyramide de culte était faite du même matériau que le mur extérieur du complexe et fut construite lors d'une extension tardive de celui-ci, en même temps que la seconde phase de construction du temple funéraire. La pyramide de culte a été presque entièrement détruite ; il n'en subsiste que de légères traces. Aucune substructure n'a été mise au jour à ce jour.
1. = Temple funéraire =
Le temple funéraire se trouve sur la face est de la pyramide et fut construit lors de la phase finale de construction du complexe sous Niouserrê. La construction du temple s'est déroulée en deux phases : d'abord, un petit temple en calcaire fut édifié, puis agrandi en briques de terre crue. On accédait au temple originel en calcaire par l'est, via un portique à colonnes. À l'intérieur se trouvaient une cour à ciel ouvert soutenue par huit colonnes monolithiques en calcaire (ces piliers étaient recouverts d'un enduit rouge afin d'imiter le granite rouge d'Assouan), une salle des statues abritant seize statues de culte de la reine, d'après un fragment de papyrus découvert dans les archives du temple, une salle des offrandes avec une fausse porte en granit rose placée contre la pyramide, un autel et des chambres de stockage. Un escalier menait à une terrasse sur le toit. La salle des offrandes était ornée de bas-reliefs et d'inscriptions. D'autres pièces l'étaient probablement aussi. Les piliers de la cour présentaient une décoration similaire. L'un d'eux représentait la reine avec une longue perruque ornée sur son front de l'uræus, un insigne royal qui a été interprété comme signifiant que Khentkaous II avait régné, bien que cet uræus pourrait simplement montrer la puissance qu'elle a eue après le décès de son royal époux. D'autres images représentaient des scènes d'offrandes, un repas funéraire, des paysages, des processions et des scènes familiales. Lors de la seconde phase d'agrandissement du temple, une nouvelle entrée fut ajoutée à l'est, ainsi que cinq chambres de stockage supplémentaires et une habitation pour les prêtres. Ces ajouts furent construits en briques de terre crue, et non en pierre calcaire. Au cours de ces travaux, un mur d'enceinte en briques de terre crue fut érigé autour du complexe, le séparant du complexe pyramidal de Néferirkarê. Le culte funéraire de Khentkaous II est encore attesté plus de trois siècles plus tard, à la fin de la VIe dynastie.
1. == Archives ==
De par les ajouts de la seconde phase comprenant des annexes réservées aux prêtres chargés du fonctionnement du complexe, une partie du mobilier cultuel a été retrouvée dont les archives du temple formant le 3e corpus administratif de cette nature découvert à Abousir. Ces archives outre le fait qu'elles contiennent la liste détaillée des offrandes quotidiennes et l'inventaire des objets du culte, comme dans les exemples précédents nous apprennent également que le culte de la reine fonctionna durant toute la période qui suivit jusqu'à la fin de l'Ancien Empire.
1. = Mur d'enceinte =
Le complexe était entouré d'un imposant mur d'enceinte en briques de terre crue, nettement différent de celui du complexe pyramidal voisin de Néferirkarê. Des vestiges d'un mur en pierre calcaire datant de la première phase de construction indiquent que le complexe était initialement destiné à être relié au complexe pyramidal de son époux. Le complexe devint une aire indépendante lors de l'agrandissement du temple funéraire.
1. La pyramide
1. = Superstructure =
La construction de la pyramide de la reine avait été inaugurée par Néferirkarê. Initialement elle avait une base de vingt-cinq mètres de côté, peut-être pour une hauteur de dix-sept mètres si son inclinaison était de 52°, angle courant pour les pyramides de la Ve dynastie. La terminaison de la pyramide était assurée par un pyramidion en granite dont les fragments ont été retrouvés sur le site. La pyramide elle-même est bâtie à partir d'un noyau constitué de trois gradins de petits blocs de calcaire local se superposant, liés par un mortier d'argile. Ce matériau provenait des restes de la construction de la pyramide de Néferirkarê. Le noyau semble avoir été recouvert d'un parement de calcaire fin de Tourah. Le sommet était formé d'un pyramidion de granit gris-noir, dont des fragments ont été retrouvés dans les ruines. Lors de la première phase de construction, sous Néferirkarê, la structure principale de la pyramide avait été érigée, mais le parement et le temple funéraire n'avaient pas encore été construits. Les vestiges archéologiques suggèrent que le revêtement fut initialement ajouté en même temps que le temple funéraire en calcaire, sous Niouserrê. L'ensemble est aujourd'hui très dégradé à la suite du pillage du monument par les carriers qui se serviront des monuments pharaoniques de l'Ancien Empire comme une carrière aisément accessible et exploitable pour de nouveaux monuments durant l'Antiquité ou pour les nouvelles cités qui s'élevèrent sur la rive orientale à Fostat puis au Caire par la suite. De ce fait la pyramide de Khentkaous II est littéralement éventrée, ne mesurant plus que quatre mètres de haut aujourd'hui, et a fait l'objet de travaux de consolidation et de restauration des parties souterraines par les archéologues. La piètre qualité de la maçonnerie et des matériaux utilisés a favorisé à la fois la destruction par l'exploitation de la carrière et l'érosion.
1. = Infrastructures =
Les appartements funéraires de la reine, remarquablement bien conservé, se situent à l'aplomb de la pyramide et étaient accessibles par la face nord du monument. Un couloir descend sur environ la moitié de sa longueur, puis se poursuit à l'horizontale et oblique légèrement vers l'est. Peu avant la chambre funéraire se trouve une herse en granit. La chambre funéraire, fortement endommagée, était orientée est-ouest. Le couloir et la chambre étaient construits en petits blocs de calcaire fin. Le plafond de la chambre funéraire était plat et formé de blocs massifs de calcaire. Lors de son dégagement seuls des débris du sarcophage en granit rouge de la reine ont été retrouvés ainsi que quelques vestiges de son mobilier funéraire abandonné là par les pillards : des bandelettes de momie et des fragments d'objets funéraires en albâtre. Ces vestiges indiquent que la pyramide a bien servi de dernière demeure à la reine.
1. Pillage et destruction
La pyramide fut pillée pour la première fois durant la Première Période intermédiaire. Au Moyen Empire, elle fut rouverte et le sarcophage réutilisé pour l'inhumation d'un enfant. Le complexe pyramidal subit d'importants dégâts à la fin du Nouvel Empire suite à des pillages. Les matériaux prélevés furent réutilisés dans de nouvelles constructions.
1. Notes et références
1. Bibliographie
Bretislav Vachala, Guide des sites d’Abousir, Le Caire, IFAO, Bibliothèque générale, 2002 ; (en) Rainer Stadelmann, Die ägyptischen Pyramiden. Vom Ziegelbau zum Weltwunder, Mayence, von Zabern, coll. « Kulturgeschichte der Antiken Welt » (no 30), 1997, 3e éd. (ISBN 3-8053-1142-7) ; (en) Miroslav Verner, Forgotten Pharaohs, lost Pyramids: Abusir, Prague, 1994 ; (en) Miroslav Verner, Abusir - Realm of Osiris, Le Caire, American University in Cairo Press, 2002 ; (de) Miroslav Verner, Die Pyramiden, Reinbek, près de Hambourg, Rowohlt, coll. « rororo-Sachbuch » (no 60890), 1999 (ISBN 3-499-60890-1) ; (en) Miroslav Verner, « Further Thoughts on the Khentkaus Problem », Discussions in Egyptology, no 38, 1997, p. 109–117 (ISSN 0268-3083, lire en ligne) ; (de) Miroslav Verner, The Pyramid Complex of Khentkaus (Abusir Vol. 3), Prague, Universitas Carolina Pragensis, 1995 (réimpr. 2001) (ISBN 80-200-0874-8).
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