Le Musée juif de Prague (en tchèque : Židovské muzeum v Praze) est un musée fondé en 1906 dans l'ancien Empire austro-hongrois, qui, paradoxalement, va s'enrichir durant le Troisième Reich pour voir ensuite ses actions bridées sous la direction communiste puis sera rendu à la communauté juive de Tchéquie à la fin du XXe siècle. Il est l'un des plus anciens musées juifs européens et possède une des collections Judaica exceptionnelle des plus importantes au monde et une abondante documentation des histoires des communautés juives tchèques et moraves.

1. Histoire


1. = Fondation =

Le Musée juif de Prague naît en 1906 par la volonté de l'historien et érudit hébreu le Dr. Salomon Hugo Lieben (1881–1942) et d'un représentant du mouvement juif tchèque, le Dr. August Stein (1854–1937) qui deviendra plus tard le chef de la communauté juive de Prague. Il se situe à côté du bâtiment de la synagogue espagnole de style mauresque achevée en 1868. Le projet est de documenter l'histoire, les coutumes et les traditions de la communauté juive de Bohême, de Moravie et de Prague, en particulier au moment où le ghetto de Josefov connait une refonte urbaine radicale au début du XXe siècle et, en quelque sorte « perd son âme ». La base de sa collection est constituée d'objets domestiques, synagogaux et de maisons de prière, d'iconographie des grands hommes et du patrimoine…, des éléments disparus lors du réaménagement du ghetto, ce qui rend cette institution d'autant plus urgente. Dès 1909, une partie des collections est exposée au musée.

1. = Seconde Guerre mondiale =

Après l'occupation nazie des terres tchèques en mars 1939 et la création du protectorat de Bohême et de Moravie dans une partie de l'ancienne Tchécoslovaquie, le musée est fermé par les Nazis, l'association du musée est dissoute à l'automne 1939 et la collection du musée est reprise par la communauté juive de Prague. Le musée devient le « Bureau central pour l'émigration juive ». Son nom est ensuite changé en « Bureau central pour l'arrangement de la question juive en Bohême et en Moravie ». En 1942, par l'intermédiaire du chef du Département des affaires rurales, Karel Stein (1906–1961), il est lancé la création du soi-disant « Musée central juif » (nouvelle appellation) où les conservateurs essaient ainsi de sauver le patrimoine juif des confiscations et destructions. Les Nazis approuvent le projet, même si les intentions d'Albert Speer, collaborateur d'Hitler, sont différentes de celles de ses créateurs. En effet, les Nazis pensent faire de tout le ghetto de Josefov un musée exotique « d'une race disparue » et que le musée devienne un dépôt des traces de toute l'Europe centrale juive, à suite de son extinction. Y sont ainsi entreposés, numérotés et répertoriés quelque 200 000 objets, des livres et des archives issus des pillages des synagogues et lieux communautaires juifs du protectorat et d'Europe centrale mais majoritairement de ceux des Juifs déportés de Prague et des environs vers les camps de concentration et d'extermination nazis. Le Musée central juif (Jüdische Zentral Museum) devient ainsi un nom de couverture et un dépôt sûr qui, par l'ironie tragique de son histoire, enrichit sa collection d'oeuvres durant la Seconde Guerre mondiale grâce au Troisième Reich.

Les membres du personnel juif qui ont déjà perdu leur famille et travaillent sous la menace constante de déportation et de mort, se consacrent à la préservation de cet héritage, sous la direction de Karel Stein. Ce personnel ne survit que tant qu'il peut prouver qu'il est « utile » aux nazis mais sa très grande majorité est déportée aux camps de Terezin et d'Auschwitz. Les efforts de l'historien de l'art et conservateur en chef Josef Polák et de ses collègues, notamment de Tobias Jakobovits et du Dr. Hana Volavkova (1904-1985) permettent à ce musée de fonctionner comme une institution hautement professionnelle et jette les bases du travail professionnel d'aujourd'hui.

1. = Après-guerre =

Après la guerre, une administration nationale est imposée au musée qui rétablit son activité en mai 1945. Seule survivante de l'équipe, Hana Volavkova retourne travailler au musée et devient sa directrice nommée par la communauté. Parmi les personnalités qui y travaillent figure le poète et érudit H.G. Adler qui a sauvé de nombreux documents inestimables du ghetto Theresienstadt pour le musée. Comme environ 80 000 Juifs tchèques et moraves ont été victimes de la Shoah, il n'y a presque plus personne pour réclamer les objets confisqués par les Nazis et conservés au musée. Le musée a pour nouvelle mission de commémorer la tragédie de la guerre. Sa première exposition après la guerre a lieu le 26 juin 1945. En plus des objets de la culture matérielle juive, le musée commence également à gérer des livres qui ont perdu leurs propriétaires, qui deviennent une partie de la bibliothèque du musée, qui a été officiellement créée en 1950. L'État crée ensuite de telles conditions qu'il empêche le successeur légal de toutes les corporations juives, le Conseil des communautés religieuses juives des pays tchèques et moraves-silésiens, de prendre effectivement en charge l'administration du musée avant le coup d'État communiste de février 1948.

1. = Direction communiste =

Le 4 août 1950, le musée passe sous la direction de l'État communiste tchécoslovaque qui le nationalise et centralise toutes les activités économiques et cultuelles. Son nom est changé en « Musée juif d'État ». Ses travaux ultérieurs sont marqués par une pression idéologique qui influence considérablement le registre des sujets autorisés par le régime et leur traitement, et empêche le personnel du musée de développer des activités professionnelles et scientifiques indépendantes. Les sujets apparemment liés à la « campagne pour la paix et contre le fascisme » (clichés favoris des communistes) ont été autorisés mais la campagne contre un autre adversaire idéologique, le sionisme, restreint le fonctionnement du musée presque au point d'exclusion. Le musée est, par exemple, en partie ouvert aux étrangers mais les chercheurs locaux ne sont pas autorisés à entrer en contact avec leurs collègues à l'étranger. Aussi, il n'y a pas de livres en hébreu, langue qu'il est presque impossible d'apprendre et les personnes rapidement suspectées de sionisme ne sont pas autorisées à accéder à la bibliothèque du Musée juif. L'activité du musée est ainsi suivie de près par les organes de l'État. Durant cette période, le musée est quelque peu négligé et « perd » un certain nombre d’objets de grande valeur (parfois retrouvés en vente au marché noir). Dès 1968 et pendant les deux décennies suivantes, jusqu'à ce que le Rideau de fer soit abattu en 1989, la vie culturelle et religieuse de la capitale tchèque est pratiquement réduite au silence par le régime communiste.

1. = Vers la liberté =

Après la chute du régime communiste en 1989, la dissolution de la Tchécoslovaquie en 1992 et l'avènement de la nouvelle République tchèque indépendante, les bâtiments du Musée juif sont rendus à la communauté juive de Prague et à ses responsables en 1994, ainsi que le vieux cimetière juif de Prague. Ludmila Kybalová devient la nouvelle directrice du musée. Grâce à elle, les bâtiments dans lesquels le musée fonctionnait sont restaurés en 1994 ainsi que l'ancien cimetière juif. La majorité des collections du musée sont reprises à l'État par la Fédération des communautés juives (FJC) de République tchèque, qui sert d'organisation parapluie pour les institutions juives du pays. Le 1er octobre 1994, le Musée juif de Prague est créé en tant qu'institution non gouvernementale et redevient le Židovské Muzeum v Parze. Le personnel en assure l'administration à partir de 1996. Le Musée de Prague entame ainsi un nouveau chapitre de son existence de plus de 100 ans. Son très mauvais état oblige à une restauration qui durera 10 ans.

1. Description

Le Musée de Prague fait partie des plus vieux musées juifs d'Europe et est l'un des musées les plus visités de Prague. Sa collection de Judaica est l'une des plus importantes au monde, après celle d'Israël, avec environ 40 000 objets, 100 000 livres et un abondant fonds d'archives des histoires des communautés juives tchèques et moraves. Le musée « abrite notamment un Parohet (rideau d’Arche sainte) de 1592, le plus ancien connu au monde, ainsi qu’une lignée d’objets cultuels ininterrompue jusqu’au XIXe siècle ». En 2006, le Musée juif de Prague célèbre son 100e anniversaire avec un programme d'une année de concerts et d'expositions répartis sur une centaine de lieux qui participent au projet.

1. = Administration =

De 1994 jusque dans les années 2000, le Dr. Leo Pavlat est directeur du Musée juif de Prague. De nos jours, le Musée juif de Prague est le cœur unificateur de la communauté juive de Prague : il administre cinq synagogues historiques rénovées autour du quartier juif : celles de Maisel, de Pinkas (transformée en mémorial en 1959), de Klaus et les synagogues espagnole et vieille-nouvelle, ainsi que la salle de cérémonie Hevra Kadisha (pour les inhumations); le cimetière juif de Prague du XVe siècle ; les archives de la communauté qui se trouvent dans la synagogue de Smíchov ; la galerie Robert Guttmann. « Même si des composantes ethnographiques existent dans ces collections, l’accent est mis sur des ensembles prestigieux de grande qualité artistique ».

1. = Exposition : The Precious Legacy =

À partir de 1980, l'exposition The Precious Legacy (en) rassemble des artefacts remontant au XVIIe siècle qui avaient été confisqués par l'Allemagne nazie pour le projet de « Musée d'une race éteinte » et qui appartiennent désormais au Musée juif de Prague. L'exposition itinérante d'art judaica tchèque s'ouvre à Manchester au Royaume-Uni, pour se poursuivre aux États-Unis, au Canada, en Israël, en Suède, en Nouvelle-Zélande et en Australie.

1. = Publication : Judaica Bohemiae =

De 1965 à 1993, le Musée juif publie le magazine académique d'impact professionnel intitulé Judaica Bohemiae. Entre 1994 et 2008, il se transforme en annuaire et est publié deux fois par an depuis 2009. La revue qui paraît en anglais et en allemand se concentre thématiquement sur l'histoire et la culture des juifs en Bohême et de Moravie (ou dans d'autres pays de l'ancienne monarchie des Habsbourg) du Moyen Âge à nos jours. Judaica Bohemiae est indexée dans Arts and Humanities Citation Index (Web of Science), Scopus et dans l'European Reference Index for the Humanities (ERIH).

1. Liens internes

Histoire des Juifs en Tchéquie

1. = Voir aussi =

Les articles sur le Musée juif de Prague, les différentes synagogues et autres sites importants de Josefov :

Ancienne salle de cérémonie de Prague Cimetière juif de Prague Galerie Robert Guttmann Synagogue espagnole Synagogue Klaus Synagogue Maisel Synagogue Pinkas Synagogue vieille-nouvelle

1. Lien externe

(en + cs) Site web du Musée juif à Prague.

1. Notes et références

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Lieux à Proximité Voir Menu
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6 m

Jewish Museum in Prague

The Jewish Museum in Prague (Czech: Židovské muzeum v Praze) is a museum of Jewish heritage in the Czech Republic and one of the most visited museums in Prague. Its collection of Judaica is one of the largest in the world, about 40,000 objects, 100,000 books, and a copious archive of Czech Jewish community histories.
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19 m

Spanish Synagogue (Prague)

The Spanish Synagogue (Czech: Španělská synagoga, German: Spanische Synagoge, Hebrew: בית הכנסת הספרדי) is a former Reform Jewish synagogue, located in the area of the so-called Jewish Town, Prague, in the Czech Republic. The synagogue was completed in 1868 in the Moorish Revival style on the site of the presumably oldest synagogue, Old School (German: Altschul). In 1955 the former synagogue was permanently repurposed as a Jewish museum and is administered by the Jewish Museum in Prague. A small park with a modern statue of Franz Kafka by Jaroslav Róna is situated between the synagogue and the Church of the Holy Spirit.
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33 m

Statue of Franz Kafka

A statue of Franz Kafka (Czech: Socha Franze Kafky) by artist Jaroslav Róna was installed on Vězeňská street in the Jewish Quarter of Prague, Czech Republic in December 2003. It is situated near the Spanish Synagogue. It depicts Franz Kafka riding on the shoulders of a headless figure, in reference to the author's 1912 story "Description of a Struggle" (Beschreibung eines Kampfes).
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41 m

Robert Guttmann Gallery

The Robert Guttmann Gallery (Czech: Galerie Roberta Guttmanna) is an exhibition space of the Jewish Museum in Prague in the capital city of Prague, Czech Republic. The gallery is located in a building of a former Jewish hospital, which was built next to the Spanish Synagogue according to an architectural design by Karel Pecánek in 1935. The gallery is named after a Jewish naïve artist and a fervent Zionist, Robert Guttmann (1880–1942). The activity of the gallery was launched with an exhibition of his works. The visitors can get acquainted with various aspects of history and culture of Jews in the Czech Lands through temporary exhibitions. Thanks to the temperature and light conditions, valuable and sensitive objects can be exhibited in the gallery.
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67 m

Church of the Holy Spirit, Prague

Church of the Holy Spirit (Czech: Kostel svatého Ducha) is a Gothic church in Josefov, Prague, Czech Republic.