Augustoritum est le nom latin de la capitale du peuple gaulois des Lémovices, dont dérive le nom moderne de Limoges.

1. Histoire

Augustoritum a été fondée à l'époque du Haut Empire vers 10 avant notre ère. L'empereur Auguste décide en effet la fondation d'une nouvelle capitale des Lémovices dans le cadre de la réorganisation des cités et des provinces gauloises de l'Empire romain. Le nom d'Augustoritum est dérivé des éléments Augusto- (en hommage à l'empereur Auguste, son fondateur) et -rito, gué en langue gauloise. Cette ville semble avoir compté parmi les plus importantes agglomérations de la Gaule romaine. Le site choisi pour l'édification de la nouvelle cité est un vaste coteau en pente douce et régulière surplombant la Vienne, orienté au sud-est et donc peu exposé au gel hivernal, au carrefour entre l'itinéraire reliant la Méditerranée à l'Armorique et la voie d'Agrippa, reliant Lugdunum (Lyon) à Mediolanum Santonum (Saintes). À cet endroit la rivière présente un gué qui facilite son franchissement. La ville figure sur la table de Peutinger. Les invasions barbares entraînent le déclin de la ville gallo-romaine. Un quartier est fortifié autour de la cathédrale paléochrétienne, donnant progressivement naissance à la cité de Limoges.

1. Une ville gauloise et romaine

Deux découvertes mettent en lumière la romanisation de la société lémovice liée à la création d'Augustoritum. La première est une inscription gravée sur la pierre d'une fontaine. Le texte mélange éléments gaulois et romains : Postumus, fils de Dumnorix et vergobret, a donné de ses deniers l'aqueduc Martia en l'honneur (du dieu) Grannus Decemnoctiacis. La seconde est un sanctuaire celtique, semblable à ceux de Ribemont-sur-Ancre ou Gournay-sur-Aronde, placé le long du cardo maximus de la ville. Après avoir servi pendant plusieurs années, il a été rasé et remplacé par une maison profane. Il semble cependant prouvé que la ville de Limoges actuelle est d'origine romaine et non gauloise. La capitale des Lémovices, qui a donné son nom à la ville, se situait à une vingtaine de kilomètres à l'est de Limoges, à Villejoubert. Installée sur un vaste oppidum, le site était situé au confluent de la Vienne et de la Maulde.

1. Monuments

La ville est construite suivant un réseau de rues parallèles orientées sud-est / nord-ouest, croisant à angle droit un autre réseau de rues parallèles orientées nord-est / sud-ouest. Un quadrillage presque parfait est ainsi dessiné, déterminant un schéma d'urbanisme conforme aux habitudes des Romains. L'axe majeur (cardo maximus), prolongeait le pont sur la Vienne ; c'était une voie large de 24 mètres, pavée de dalles de granite (à la différence des autres rues de la ville), bordée de colonnades ; elle longeait le théâtre et le forum et aboutissait près de l'amphithéâtre ; les plus belles domus de la ville s'alignaient le long de cette voie impressionnante. La ville romaine était particulièrement riche en monuments.

1. = Amphithéâtre =

L'amphithéâtre d'Augustoritum, construit selon toutes probabilités vers la fin du Ier siècle, est encore en partie visible. Il était situé un peu à l'écart de la ville romaine et avait la forme d'un ovale de 136 × 115 m. C'est, de tous les monuments d'Augustoritum, celui qui a laissé le plus de souvenirs parmi la population, étant donné qu'il a subsisté en partie jusqu'en 1718 avant d'être enfoui sous la promenade de l'Intendant d'Orsay (actuel jardin d'Orsay).

1. = Thermes =

Les thermes romains, probablement fondés au dernier tiers du Ier siècle, étaient situés au niveau de l'actuelle place des Jacobins. Richement décorés, ils étaient parmi les plus imposants de la Gaule. La phase de quête scientifique autour de l'édifice menée entre 1845 et 1985 montre dans quel courant s'est inscrit la fondation des thermes. Cette tentative d'architecture provinciale, qualifiée de remarquable par Jean-Pierre Loustaud, montre une volonté d'intégrer certains archaïsmes. Le lieu choisi, incliné et mal orienté, a obligé une certaine adaptation comme le montre si bien l'inversion de la palestre du côté des salles chaudes et la mise en place d'importants sous-sols voûtés. Les thermes sont vraisemblablement abandonnées avant la fin du IIIe siècle. Lors des travaux au musée de l'Évêché, des fouilles ont été menées par l'Inrap, en deux tranches, l'une au printemps 2004, la seconde à l'hiver 2006-2007, mettant au jour d'importants vestiges d'époques très diverses (du IIe au XVIIIe siècle). On a notamment trouvé un four antique, des thermes antiques chauffés par hypocauste et des caves médiévales.

1. = Forum =

Le forum d'Augustoritum (100 × 150 m), était situé derrière l'hôtel de ville. Ce dernier a d'ailleurs été édifié en réutilisant des murs antiques comme fondations. En contrebas du forum se dressait une très vaste domus, parmi les plus grandes de Gaule, appelée « maison des nones de mars », d'après un graffito mis au jour sur un des murs.

1. = Temple ? =

Aucun temple gallo-romain n'a été identifié à Limoges. Selon la tradition, un temple consacré à Vénus, Diane, Minerve et Jupiter se serait élevé là où se trouve l'actuelle cathédrale. La légende d'un temple dédié à Jupiter au lieu-dit Montjovis doit être écartée.

1. Vestiges antiques

Le pont Saint-Martial a été édifié au XIIe siècle sur les bases d'un pont antique détruit peu auparavant. Les vestiges de l'amphithéâtre, fouillés dans les années 1960, furent durant quelques années mis en valeur, avant d'être réenfouis. Ceux du théâtre, récemment fouillés au bord de la Vienne, quai Saint-Martial et place Sainte-Félicité, ont disparu. Ceux des thermes des Jacobins ont été détruits dans leur quasi-intégralité lors du creusement d'un parc de stationnement. Par contre, une mosaïque, trouvée à proximité du forum, en contrebas de la Bibliothèque francophone multimédia, a été réinstallée au rez-de-jardin de celle-ci et reste visible depuis les espaces publics (entrée libre). Elle présente deux tapis à décor géométrique dont l'un s'orne d'un sujet figurant vraisemblablement une lionne. Une autre petite mosaïque est présentée à l'entrée de la faculté de droit proche. Ces deux œuvres sont les seuls vestiges visibles sur place d'un immense chantier archéologique ayant mis au jour un très intéressant quartier gallo-romain. Il a été détruit afin d'édifier la médiathèque et la faculté de droit. Divers éléments, ainsi que du mobilier et des maquettes de monuments et de la ville antique, sont présentés dans le nouveau musée des Beaux-Arts, Palais de l'Évêché (musée de l'Évêché). Finalement, très peu de vestiges gallo-romains sont encore visibles à Limoges : la villa de Brachaud, des vestiges situés sous le lycée Renoir : il existe une grande disproportion entre ce qui a été découvert et ce qui a été préservé. Le projet de reconstitution d'une domus, connue (d'après un élément de son décor) sous le nom de « domus à l'opus sectile », est abandonné. Contrairement aux politiques menées à Périgueux, Poitiers ou Saintes, Limoges ne semble pas avoir vu dans la préservation des vestiges antiques un facteur de développement économique et touristique. La destruction des quartiers et bâtiments découverts à Limoges depuis le milieu des années 1960 constitue donc une perte irréversible pour l'étude de la civilisation gallo-romaine.

1. = Projet de réutilisation des vestiges =

Le 16 juin 2023, la ville de Limoges a annoncé un projet de réutilisation des aqueducs gallo-romains souterrains pour récupérer de l'eau non potable, afin d'arroser les parcs et jardins. Ces aqueducs ont été construits à partir de l'an 30 et alimentaient en eau de source les 15 000 habitants de la ville d'Augustoritum. Le projet de la mairie vise à « nettoyer » les aqueducs et « mettre en place les outils pour utiliser cette eau qui circule dans la ville » plutôt qu'elle se déverse dans les égouts et la Vienne comme c'est le cas actuellement. L'aqueduc principal d'Aigoulène, long de sept kilomètres et large de quatre-vingt-dix centimètres, présentait un débit de 2 500 m3 par jour, selon une estimation réalisée par des ingénieurs au XIXe siècle.

1. Notes et références


1. Voir aussi


1. = Bibliographie =

Augustoritum, aux origines de Limoges, catalogue du musée municipal de l'Évêché, Limoges, 1990 Jean Levet, Histoire de Limoges, René Dessagne, 1973 Pierre Saumande, Mystérieux Limoges souterrain, Lemouzi no 114 bis, juin 1990 Georges Vérynaud, Limoges, naissance et croissance d'une capitale régionale, Éd. de la Veytisou, 1994 Jean-Pierre Loustaud, Limoges antique, Travaux d'archéologie limousine, supplément 5, 2000 Laurent Bourdelas, Histoire de Limoges, Geste, 2014 et 2019. J.-M. Ferrer et Ph. Grandcoing, Une histoire de Limoges, Culture et patrimoine en Limousin, 2003

1. = Liens internes =

Gaule romaine. Ville gallo-romaine Via Agrippa Table de Peutinger Histoire de Limoges Liste des noms latins des villes françaises

1. = Liens externes =

Maquette d'Augustoritum, musée de l'Évêché, Limoges Association des antiquités historiques du Limousin

Portail de la Rome antique Portail de l’archéologie Portail de Limoges Portail du Limousin

Lieux à Proximité Voir Menu
Location Image
0 m

Limoges

Limoges est une commune de Nouvelle-Aquitaine, préfecture du département de la Haute-Vienne, capitale de la province historique du Limousin, et chef-lieu de l'ancienne région administrative du même nom avant 2016. Fondée ex nihilo vers l'an 10 avant notre ère par l'Empire romain comme nouvelle capitale pour les Lémovices, sous le nom d'Augustoritum, elle devient une des cités gallo-romaines les plus importantes à cette époque. Au déclin de l'Empire, au Moyen Âge, elle prend le nom du peuple gaulois qui a constitué sa région, le Limousin ; elle est une grande ville, fortement marquée par le rayonnement culturel de l’abbaye Saint-Martial, au sein du duché d'Aquitaine dont les ducs sont investis et couronnés dans cette ville. Dès le XIIe siècle, ses émaux sont exportés dans l'ensemble du monde chrétien. En 1768, la découverte d'un gisement de kaolin dans la région de Saint-Yrieix-la-Perche permet le développement de l'industrie de la porcelaine de Limoges qui fera sa renommée mondiale. Celle qui reste attachée à ses ostensions, fut pourtant parfois surnommée « la ville rouge » ou « la Rome du socialisme » du fait de sa tradition de vote à gauche et des événements ouvriers qu’elle connut du XIXe jusqu'au début du XXe siècle. Depuis les années 1980, la ville est aussi associée à son club de basket-ball, le Limoges CSP, onze fois champion de France et champion d'Europe en 1993. Il évolue en première division professionnelle et demeure toujours le club ayant l'un des plus importants palmarès français et européens. Le Limoges CSP apporte à la ville une renommée internationale par ses parcours européens et l'ambiance souvent « chaude » de sa salle mythique du palais des sports de Beaublanc. Depuis quelques années, l'équipe limougeaude de handball, le Limoges Handball évolue en Starligue, plus haut niveau de compétition de ce sport, en France. Du fait de sa politique patrimoniale, la ville possède le label « Ville d’art et d’histoire » depuis 2008. Deuxième commune la plus peuplée de la région Nouvelle-Aquitaine après Bordeaux, troisième plus importante ville universitaire régionale après Poitiers, Limoges est un centre administratif et de services intermédiaires doté de tous les équipements d'une métropole régionale. En 2021, l’INSEE a abandonné la notion d’aire urbaine et l’a remplacée par celle d’aire d’attraction. Celle de Limoges rassemblait 322 810 habitants en 2021, ce qui en fait la troisième du Grand Sud après Toulouse et Bordeaux. Enfin, la capitale limousine est la 30e commune la plus peuplée en France. Ville de tradition bouchère, siège d'un des leaders mondiaux des équipements électriques pour le bâtiment, elle est également bien positionnée dans l'industrie du luxe, avec des manufactures de chaussures, de vêtements ou d’accessoires de marques réputés dans le monde entier. Connue et reconnue en tant que « capitale des arts du feu » en raison de l’implantation toujours présente des grandes maisons de porcelaine, de ses ateliers d'art travaillant l’émail ou les vitraux mais aussi en raison du développement de son pôle de compétitivité spécialisé dans la céramique technique et industrielle. Cette spécificité lui a valu d'intégrer en 2017 le réseau des villes créatives UNESCO dans la catégorie thématique « Artisanat et Arts populaires ». Posée sur les premiers contreforts ouest du Massif central, Limoges est traversée par la Vienne, dont elle fut, à l’origine, le premier point de passage à gué. Entourée d'un espace rural préservé de toute culture ou élevage intensifs, la « ville qui entre en campagne » s'étend sur 78 km2.
Location Image
0 m

Unité urbaine de Limoges

L'unité urbaine de Limoges est une unité urbaine française centrée sur la ville de Limoges, préfecture et principale ville du département de la Haute-Vienne et ancienne capitale régionale du Limousin.
Location Image
550 m

Four industriel à porcelaine Haviland

Le four industriel à porcelaine Haviland est un four à porcelaine situé à Limoges, dans le département français de la Haute-Vienne. Il s'agit de l'un des derniers fours à porcelaine conservés à Limoges, ville connue pour son industrie porcelainière. C'est le seul vestige de l'ancienne usine de Théodore Haviland, fils de David Haviland, fondateur de l'entreprise Haviland, encore active en 2026. Laissé à l'abandon après la démolition de l'usine au début des années 1990, il est finalement remis en état en 2024.
Location Image
580 m

Palais des sports de Beaublanc

Le palais des sports de Beaublanc, abrégé localement en « Palais des Sports » ou « Beaublanc », est une salle omnisports située à Limoges. L'enceinte se trouve au nord-ouest de la ville, près de la route de Poitiers menant à Nantes dans le parc des sports de Beaublanc, un vaste complexe sportif comprenant divers terrains de sports annexes, la piscine nordique ainsi que le stade de Beaublanc. Sa forme est très caractéristique, en particulier son toit supporté par une vaste charpente de chêne. Outre des événements ponctuels, la salle accueille deux clubs résidents : le club de basket-ball du Limoges CSP qui y évolue depuis l'inauguration de la salle en 1981 ainsi que le Limoges Handball depuis 2020.