L’école de plein air Désiré Verhaeghe de Lille est une ancienne école municipale de Lille, destinée aux enfants malades (tuberculose, problèmes respiratoires, etc.). Construite par l'architecte René Delannoy à la demande du maire de la ville de l'époque Roger Salengro elle fonctionne de 1931 à 1976. Les bâtiments sont aujourd'hui occupés par l'Institut Médico-Éducatif La Roseraie (établissement public départemental)

1. Histoire


1. = Genèse et projet =

Au début du XXe siècle, de nouveaux types d'établissements scolaires sont préconisés pour faire face au développement croissant de la tuberculose. Dans un contexte de développement du mouvement international hygiéniste, les premières écoles dites "de plein air" voient le jour à Berlin (Allemagne) dès 1904, puis en Suisse et à Lyon (France) en 1906. Occupée pendant quatre années, en partie dévastée, Lille et sa population sortent particulièrement affaiblies de la Première Guerre mondiale. La priorité des municipalités Delory puis Salengro est d’améliorer les conditions de vie des Lillois. Une attention spécifique est portée aux plus fragiles, les enfants, qui ont subi encore plus fortement les affres de la guerre : dénutrition, errance, manque d’hygiène… Plusieurs mesures vont alors être mises en place pour redonner force et vigueur aux enfants dont le sport et les séjours au grand air. En effet, « […] dans le présent et dans l’avenir, de 12 à 14000 enfants dont la plupart anémiés par l’occupation, vivant dans des locaux malsains, entassés souvent dans des classes trop exiguës, ont absolument besoin de cette éducation physique, en plein air, […] » (délibération du Conseil Municipal du 3 décembre 1920). Afin de mesurer les effets de la pratique du sport dans les écoles, le service d’inspection médicale scolaire créé par Désiré Verhaeghe (adjoint au maire de 1919 jusqu’à son décès en 1927) élabore un suivi des enfants par le biais de fiches individuelles et personnelles ainsi que de visites médicales. Le bilan de cette pratique est assez positif dans son ensemble puisque les enfants sont en meilleure santé, moins absents et éprouvent un réel plaisir à faire de la gymnastique. Cependant, ces mesures sont insuffisantes. Les problèmes de santé rencontrés par une partie des enfants en âge scolaire restent préoccupants. En réponse, le docteur Verhaeghe insuffle à Roger Salengro l’idée de la construction d’écoles de plein-air pour les enfants les plus fragiles. Parmi les écoles ou préventoriums qui verront le jour sous l’impulsion de la municipalité Salengro, comme le préventorium de Wormhout (Nord), l’une s’implante directement sur le territoire lillois et prend le nom de l’instigateur du projet : l’école de plein-air Désiré Verhaeghe (hommage voulu par l’administration municipale Salengro).

1. = Une architecture exemplaire pour un programme atypique =

Située rue Armand Carrel dans le quartier Moulins, à l’endroit même du dérasement des fortifications, l’école est inaugurée en 1931.

Le bâtiment principal, sur deux niveaux, se développe sous la forme d’un « M » ouvert vers le sud et dont les deux branches étirent parallèlement deux longues galeries vitrées desservant chacune les salles de classe attenantes largement éclairées et ventilées, selon les principes hygiénistes à laquelle cette architecture répond. Le plan de l'édifice répond aux particularités topographiques du site directement hérité du tracé d'une demi-lune des anciennes fortifications sur les reliefs desquelles il est directement implanté et dont des casemates et fondations sont sous-jacentes. Son architecture est très originale de par la nature atypique du programme, mais aussi par le vocabulaire architectural emprunt de références à l’école d’Amsterdam (Michel de Klerk, Het Schip, 1917–20), dont René Delannoy est coutumier, caractérisée par de nombreux détails de modénatures de briques notamment dans l’ancien pavillon d’accueil, bijou ciselé aux allures de chapelle dont les reliefs de briquettes rythment corniches et cheminées, qui en est l'expression la plus aboutie. Deux autres pavillons d'allure plus domestique, accueillant respectivement les logements du gardien et du directeur, viennent compléter cet ensemble. L'ensemble situé sur l'ancienne zone des remparts du sud de Lille profite d'un environnement arboré au sein d'un vaste parc couvrant, à l'origine, plus de 3 hectares (34 000 m2), et se prolongeant par le Jardin des plantes qui sera construit peu de temps après.

1. Évolutions et actualité

Actuellement occupé par les services de l’Institut Médico-Éducatif La Roseraie, son aspect général n’a été que peu modifié. Ainsi l’organisation des espaces et la plupart des éléments architectoniques caractéristiques sont toujours en place aujourd’hui. Seul un pavillon d’entrée comprenant des bureaux administratifs a été ajouté vers 1970 sans toutefois dénaturer le bâtiment d’origine dans son architecture. Son environnement arboré et paysagé a été en grande partie préservé, de nombreux arbres remarquables peuplant le parc étant contemporains de la création de l’école. Seul le passage du périphérique le long de la façade nord a porté atteinte à l’intégrité du site en l’amputant d’une partie de son rapport à la ville. Cet édifice lillois représente un des rares témoins architecturaux du mouvement des écoles de plein air encore en état aujourd’hui, ayant conservé sa fonction d’origine d’établissement scolaire jusqu’à nos jours. Son état de conservation est encore globalement correct mais son état pourrait vite se dégrader du fait d’un défaut patent d’entretien depuis plusieurs années, notamment concernant le pavillon d’accueil qui en est l’élément le plus remarquable. L'école de plein air de Lille est référencée en tant que bâtiment remarquable du XXe siècle dans le Guide d’architecture de la métropole lilloise, édité aux éditions Le Passage en 2018. Il est répertorié à l'Inventaire du Patrimoine Architectural, Urbain & Paysager de la Métropole Européenne de Lille (E029).

1. Galerie


1. Notes et références


1. Bibliographie

Yannick Marec, Villes en crise ?: les politiques municipales face aux pathologies urbaines, fin XVIIIe - fin XXe siècle, creaphis editions, 2008 (ISBN 978-2-35428-007-9, lire en ligne), p.311 Anne-Marie Châtelet, Dominique Lerch et Jean-Noël Luc, L’école de plein air. Une expérience pédagogique et architecturale dans l’Europe du XXe siècle, Paris, Éditions Recherches, 2003, 431 p., p.177 Anne-Marie Châtelet, Le souffle du plein air (1904-1953). La genèse et l’ascendant des écoles de plein air et de leur architecture, Genève, Métis-Press, 2011 (lire en ligne). Nadège Loiselle, L’école de plein air Désiré Verhaeghe de Lille, 1999-2000 (lire en ligne) Collectif, Le patrimoine des communes du Nord, 2001, Flohic éditions (ISBN 2-84234-119-8). Collectif, Guide d’architecture de la métropole lilloise, 2018, éditions Le Passage (ISBN 978-2-84742-394-5). École de plein air de Lille Désiré Verhaeghe, maquette de l'aile des classes, collection du Musée de Suresnes [1] Portail de la médecine Portail de l’éducation Portail de l’architecture et de l’urbanisme Portail de la métropole européenne de Lille

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132 m

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L'observatoire de Lille est un bâtiment consacré à l'astronomie, situé impasse de l'Observatoire à Lille. Construit en 1932 par Marcel Boudin, élève de Robert Mallet-Stevens, il a été inscrit à l'inventaire des monuments historiques en 2001. Ce site est desservi par la station de métro Porte de Douai - Jardin des Plantes.
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La porte de Douai est une ancienne porte de ville de l'enceinte de Lille édifiée en 1863 endommagée en 1916 et totalement détruite en 1925 qui était située sur le côté sud de la place Fernig.
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260 m

Porte de Douai - Jardin des Plantes (métro de Lille)

La station Porte de Douai - Jardin des Plantes est une station de la ligne 2 du métro de Lille, située à Lille, dans le quartier Moulins. Inaugurée le 1er avril 1989, la station permet de desservir la faculté de droit de l'université de Lille et trois lycées de la commune.
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342 m

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Le jardin des plantes de Lille est un jardin botanique situé au sud de Lille, au sud du quartier de Moulins. Il a été inscrit Monument historique en décembre 1997. Ce site est desservi par la station de métro Porte de Douai - Jardin des Plantes. (emprunter ensuite la rue Louise Michel, sur le site de l'ancienne route de Tournai du temps de la traction animale... ). Deux autres accès « piéton » : porte d'Arras et côté Serre Équatoriale.