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Manifestation du 25 mars 2023 à Sainte-Soline

La manifestation du 25 mars 2023 à Sainte-Soline, aussi appelée affrontements à Sainte-Soline ou bataille de Sainte-Soline, est une manifestation écologiste en France. Elle a pour enjeu la construction d'une retenue de substitution ou méga-bassine sur la commune de Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres. Elle s'inscrit dans le mouvement d'opposition aux méga-bassines et aux conflits d'usage de la ressource en eau. Environ 30 000 personnes répondent à l'appel d'organisations écologistes, notamment le collectif Bassines non merci, Les Soulèvements de la Terre et la Confédération Paysanne qui demandent l'arrêt du chantier. Face à eux, 3 000 gendarmes sont mobilisés pour empêcher l'accès à la méga-bassine et un périmètre d'interdiction de manifester est décrété dans la zone. Le bilan humain est lourd : plus de 200 manifestants blessés avec de nombreux traumatismes physiques et psychologiques, 47 gendarmes blessés. Les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre causent des destructions matérielles (véhicules incendiés) et ont des répercussions politiques et médiatiques importantes. L'usage de la force par certains manifestants, notamment ceux utilisant la tactique du black bloc, est largement dénoncée par les médias et le gouvernement. Le ministre de l'intérieur Gérald Darmanin qualifie les manifestants d'éco-terroristes et le gouvernement prononce le 21 juin la dissolution des Soulèvements de la Terre ; elle est suspendue en août puis annulée par le Conseil d’État en septembre. La manifestation relance le débat sur les violences policières et l'utilisation d'armes comme les LBD et les grenades GM2L (considérées comme des armes de guerre). Des organisations comme la Ligue des droits de l'Homme dénoncent la répression policière et accusent les forces de l'ordre d'avoir délibérément empêché les secours de venir porter assistance aux blessés. Une enquête de l'IGGN sur des tirs de LBD effectués par des gendarmes en quad conclut à un usage en légitime défense. La version de la gendarmerie et du gouvernement d'une réponse proportionnée est mise à mal par un reportage de Complément d’enquête montrant que les forces de l'ordre ont tiré des grenades lacrymogènes sur des manifestants pacifiques dès le début de la mobilisation. En novembre 2025, la polémique reprend avec la publication par Mediapart et Libération de vidéos des caméras-piétons des forces de l'ordre, qui montrent des tirs tendus illégaux sur les manifestants et des gendarmes les insultants ou se félicitant de les avoir blessés. Une enquête administrative est ouverte. Plusieurs personnes sont arrêtées et jugées en juillet 2023 puis en septembre 2023 ; sept militants sont condamnés à de la prison avec sursis et Loïc Schneider écope de 6 mois de prison ferme. Un an et demi plus tard, en décembre 2024, l'autorisation de construction de la retenue de substitution de Sainte-Soline est déclarée illégale par la justice.

1. Contexte

L'augmentation des besoins en eau pour l'agriculture, porté notamment par le réchauffement climatique et la culture intensive de variétés très demandeuses en eau, entraine une hausse des conflits d'usage autour de l'eau en France. Dans ce contexte, une centaine de projets de retenues de substitutions, appelées méga-bassines par leurs opposants, émergent à la fin des années 2010, dont une quinzaine dans les Deux-Sèvres (Nouvelle-Aquitaine), notamment à Sainte-Soline. Elles visent à capter l'eau des nappes phréatiques en hiver pour réutiliser l'eau en été. Leur existence est défendue par les agriculteurs irrigants, qui doivent faire face à des sécheresses de plus en plus fréquentes en été. Ils sont regroupés au sein de la Coopérative de l'eau des Deux-Sèvres et défendus par le syndicat FNSEA. Les méga-bassines sont combattues par trois organisations écologistes : Bassines Non Merci (collectif fondé en 2017 et composé majoritairement de riverains et de petits exploitants agricoles locaux), le syndicat agricole de gauche Confédération paysanne, et Les Soulèvements de la Terre, un collectif de militants et d'organisations altermondialistes, écologistes et opposés aux grands projets d'aménagement, et dont certains membres ont participé à la lutte contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Les opposants au projet dénoncent un accaparement de la ressource en eau par quelques acteurs (à Sainte-Soline, la méga-bassine est utilisée par 12 exploitants agricoles) et pour des cultures destinées à l'alimentation animale ou l'exportation, et non pas pour l'autonomie alimentaire. La méga-bassine de Sainte-Soline est la plus grande de tout le marais poitevin, avec 628 000 mètres cubes d’eau prévus. Sa construction commence en novembre 2022. Les opposants engagent des démarches juridiques pour contester auprès des tribunaux administratifs les autorisations de construction ou de prélèvement en eau. En 2020, d'autres modes d'action apparaissent, comme le sabotage de plusieurs retenues de substitution. Les affrontements à Sainte-Soline en mars 2023 font suite à une manifestation qui a lieu fin octobre 2022. Interdite par la préfète Emmanuelle Dubée, la manifestation mobilise 1 500 gendarmes. Entre 4 000 et 7 000 personnes, agriculteurs, militants écologistes ainsi que plusieurs élus, sont accueillis sur un terrain prêté par un agriculteur, puis se rendent sur le chantier de la méga-bassine samedi 29 octobre 2022. Certains réussissent à franchir les cordons de gendarmes pour pénétrer à l'intérieur. Le chantier est bloqué pendant plusieurs jours et une canalisation alimentant la bassine est sectionnée le lendemain par plusieurs manifestants.

La manifestation du 25 mars 2023 a lieu également pendant le mouvement social contre la réforme des retraites.

1. Participants et objectifs de la manifestation

Près de 200 organisation (ONG, associations, partis politiques) appellent à manifester le 25 mars 2023 à partir de novembre 2022.

1. = Bassines Non Merci =

La manifestation du 25 mars a plusieurs objectifs. Pour le collectif Bassines Non Merci, il s'agit de montrer « la démesure des bassines » (notamment leur très grande taille) en faisant participer le plus grand nombre de personnes possible. Même si ce mouvement réunit à la fois des militants radicaux, des riverains ou des exploitants locaux, qui ont des modes d'action différents, tous se mobilisent pour défendre un même territoire, réunis « dans une proximité affective et géographique autour des espaces à protéger ». Le collectif Bassines Non Merci juge qu’il est nécessaire de faire évoluer sa stratégie car l'utilisation des recours démocratiques locaux (enquêtes publiques) et les recours juridiques n'ont pas permis de stopper les projets de retenues de substitution les années précédentes. Le passage à des actes en dehors du cadre institutionnel peut s’expliquer par la répression et la surveillance des militants par l’État, doublé d'un discours tendant à criminaliser les mouvements écologistes qualifiés d'écoterrorisme.

1. = Les Soulèvements de la Terre =

Dans le vocabulaire des Soulèvements de la Terre, la mobilisation vise le « désarmement » de la méga-bassine de Sainte-Soline, c'est-à-dire empêcher sa mise en service, en envahissant le chantier[réf. souhaitée].

1. = Personnalités politiques =

Plusieurs élus LFI ou EELV participent à la manifestation, comme Clémence Guetté et Sandrine Rousseau.

1. = Militants internationaux =

Des militants se battant pour le partage de la ressource en eau venus de plusieurs pays sont invités à l'évènement, notamment pour donner des conférences et renforcer l'aspect international de la mobilisation.

1. Mesures prises avant le 25 mars

Le procureur de la République dépendant du parquet, Julien Wattebled, décide le 17 mars 2023 d'interdire à Julien Le Guet, porte-parole du collectif Bassines non merci (BNM), de se rendre à Mauzé-sur-le-Mignon et Sainte-Soline, où ont lieu les manifestations, en attendant son jugement le 8 septembre 2023. Des élus écologistes sont également illégalement mis sur écoute par la police en amont de la manifestation selon Le Canard enchaîné. La préfète des Deux-Sèvres Emmanuelle Dubée interdit les manifestations dans 18 communes (dont Sainte-Soline) et instaure des périmètres où les attroupements sont interdits. De même, le préfet de Charente-Maritime, « compte tenu des violences et destructions constatées lors des dernières actions [et pour] éviter tout risque de trouble à l’ordre public » interdit également les manifestations dans les communes où se trouvent des réserves de substitution. Des contrôles de police sont mis en place sur plusieurs axes routiers. Parallèlement, d'importants moyens sont déployés : une quinzaine d'escadrons de gendarmes mobiles, deux véhicules blindés, deux canons à eau, vingt quads du peloton motorisé d’intervention et d’interpellation (PM2I) de la Garde républicaine, des camions militaires et des hélicoptères. Au total, 3 200 gendarmes et policiers font face aux manifestants. Le coût de ce dispositif policier est estimé à 5 millions d'euros. L'intervention des forces de l'ordre est supervisée par la préfète des Deux-Sèvres. À la différence de la manifestation d'octobre 2022, où les militants avaient réussi à déjouer les barrages policiers et à s'introduire dans la réserve de substitution, en mars 2023 la méga-bassine est entièrement ceinturée par les forces de l'ordre afin d'empêcher toute intrusion.

1. Déroulement

La mobilisation est organisée sur le week-end du 24 au 26 mars 2023. Une base arrière est installée à Melle (à une trentaine de kilomètres) avec une cantine, garderie pour les enfants ; dans cette même ville ont lieu des concerts, conférences et débats. Le camp de base est installé sur un terrain prêté par un agriculteur, à six kilomètres de la réserve de Sainte Soline. Les organisateurs ont préparé la logistique pendant deux mois pour fournir nourriture, soins médicaux et psychologiques aux manifestants. Entre 25 000 et 30 000 personnes participent à la manifestation selon les organisateurs, 6 000 selon la police, et sont accueillies, nourries et pris en charge par une importante organisation avant et au cours de la manifestation. Le vendredi 24, les manifestants arrivent et s'installent sur le camp de base. Le samedi 25 mars, après des prises de paroles de différentes personnalités militantes, syndicales ou politiques, les participants marchent à travers champs vers le site de la méga-bassine en construction de Sainte-Soline malgré les interdictions. Trois cortèges (anguille turquoise, loutre jaune, outarde rose) sont formés.

Les forces de l'ordre encerclent la retenue de substitution avec leurs véhicules pour en empêcher l'accès. Des milliers de grenades lacrymogènes, grenades GM2L et balles de défense sont tirées sur les manifestants à partir de midi et demi et pendant plusieurs heures. Le cortège bleu, qui s'approche de la bassine, est d'abord visé, puis les tirs visent, par erreur, le cortège rose situé plus loin. À 13h, l'ensemble de la zone est noyée dans les gaz lacrymogènes. Plusieurs dizaines de militants présents utilisent la tactique du black bloc et affrontent les forces de l'ordre. Cela est régulièrement le cas lors de manifestations écologistes. Entre 13h15 et 14h ont lieu les « affrontements les plus violents de la journée » avec les gendarmes : jets de pierres, de feux d'artifices et de cocktails Molotov. Quatre véhicules de gendarmerie sont incendiés. En réponse, les gendarmes tirent des grenades lacrymogènes CM6, MP7 ou GM2L ; les blessés deviennent de plus en plus nombreux, surtout chez les manifestants. Au total, 5 015 grenades sont tirées en deux heures. Après plusieurs heures, les militants ne sont pas parvenus à franchir le cordon de gendarmerie (seuls quelques grillages ont été renversés). Une pompe et des tuyaux alimentant la bassine sont détruits. Entre 15h30 et 16h30, les manifestants quittent le site. Ils se retrouvent ensuite à Melle pour des repas, concerts et débats.

1. Conséquences

Les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre font plusieurs centaines de blessés, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin réagit en dénonçant « l'éco-terrorisme » des manifestants tandis que les opposants critiquent une volonté de museler la contestation et reprochent l'usage de grenades lacrymogènes et tirs de LBD par les forces de l'ordre.

1. = Bilan humain =

Durant cette manifestations, d'importants affrontements avec les forces de l'ordre débutent en début d'après-midi, engendrant 200 manifestants blessés, dont 40 grièvement selon les associations. Parmi les blessures répertoriées figurent fractures, plaies délabrantes, brûlures, pertes d'audition ou éborgnement. Beaucoup sont dues à des tirs tendus de grenades lacrymogènes ou de désencerclement. Deux manifestants, Serge D. et Mickêl B. voient leur pronostic vital engagé et sont placés dans le coma. L'impact psychologique des violences observées ou subies est également important. De nombreux participants témoignent de leur surprise et sidération face au niveau de violence de la répression policière, d'autres de leur peur de mourir face aux tirs de grenades et aux « scènes de guerre » qu’ils ont vu. Plusieurs journalistes souffrent également de traumatismes psychologiques après avoir couvert l'évènement. 45 gendarmes sont déclarés blessés dont deux grièvement.Bien qu'il y est des brûlures et des traumatismes liés aux jets de projectiles, la plupart ont seulement des traumas sonores, c'est-à-dire des acouphènes liés aux engins explosifs (principalement ceux des fdo).

1. = Réactions politiques =

le ministre de l'intérieur Gérald Darmanin affirme le 21 mars que la participation à une manifestation non déclarée est interdite, avant de renchérir le 28 mars en se demandant la gauche peut confondre les deux. Le Conseil d'État déplore son affirmation erronée, la participation n'est en fait pas interdite, tandis que l'organisation d'une telle manifestation peut valoir 6 mois d'emprisonnement et une amende de 7 500 euros ; des saisies sont réalisées en amont de la manifestation par la gendarmerie, comprenant boules de pétanque, des frondes, des lance-pierres, des produits incendiaires, des couteaux et des haches. Mais il est également reproché aux forces de l'ordre d'avoir fait usage d'armes classés en arme de guerre par le code de la sécurité intérieure (grenades lacrymogène et LBD) ; Gérald Darmanin affirme le 27 mars qu'aucune arme de guerre n'a été utilisée par les forces de l'ordre. Pourtant, selon un reportage de Complément d'enquête, et contrairement à la version officielle des faits communiquée par la gendarmerie nationale, les premiers tirs de gaz lacrymogène ont été effectués dès 12 h 17 sur des manifestants ne démontrant aucune violence selon le journaliste, alors que le rapport de la gendarmerie nationale évoque des premiers affrontements à 13 h 05. Par ailleurs, le rapport de la gendarmerie nationale sur les événements de Sainte-Soline déclare 81 tirs de LBD, 89 grenades de désencerclement GENL et 40 dispositifs déflagrants ASSR, toutes trois classées comme armes de guerre. Interrogé à ce sujet, le cabinet de Darmanin affirme ensuite que cette classification est administrative et non de terrain ; les mêmes gendarmes sont aussi accusés d'avoir utilisé des LBD depuis des quads en mouvement. Gérald Darmanin dément le 27 mars tout tir de LBD à partir de quads, avant de revenir sur son affirmation une heure après sur le plateau de l'émission C à vous en indiquant que les ordres n'ont pas été suivis. L'IGGN confirme les tirs mais conclut le mardi 12 avril 2023 que les tirs de LBD en quads par les deux gendarmes sont conformes à la légitime défense. La Ligue des droits de l'homme estime que « Les conclusions de l'IGGN risquent de contribuer au discrédit qui pèse sur les corps d'inspection »,« que ce soit l'IGGN ou l'IGPN » ; les services de renseignement ont de leur côté comptabilisé plus de 200 personnes fichées S présentes lors des affrontements. Des manifestants sont identifiés par des banderoles « black bloc écolo ». Les forces de l'ordre sont également critiquées pour avoir interdit l'approche d'hélicoptères de secourisme et de services mobiles d'urgence et de réanimation pour évacuer des blessés (ce qui est considéré par des observateurs de la Ligue des droits de l'homme comme des « cas d'entraves aux secours »), l’appréciation de la situation sur le terrain et de la prise de risque par les secours ayant été interprété différemment par les observateurs et les autorités. Les familles de deux manifestants blessés portent plainte contre X, et la défenseure des droits se saisit de l'affaire. Gérald Darmanin affirme d'abord que « les secours sont arrivés dès qu’ils ont pu » et que « ils n’ont jamais été empêchés d’intervenir sur ce site » sauf lorsqu'ils ont été « pris à partie violemment », tandis qu'un opérateur du SAMU indique dans un enregistrement « on a eu un médecin sur place et on lui a expliqué la situation, c’est qu’on n’enverra pas d’hélico ou de SMUR [service mobile d’urgence et de réanimation] sur place, parce qu’on a ordre de ne pas en envoyer par les forces de l’ordre ». La gendarmerie a en fait délimité le périmètre de la zone d’exclusion liée aux risques d'intervention, dans laquelle elle était seule à pouvoir intervenir.

Le 4 avril 2023, la chambre d'agriculture de Haute-Garonne est vandalisée par des opposants aux méga-bassines et en soutien aux manifestants de Sainte-Soline blessés, ainsi que le 23 avril celle de Moselle.

1. = Projet de dissolution des Soulèvements de la Terre =

À la suite de cette manifestation, le gouvernement annonce le 28 mars 2023 sa volonté de dissoudre le collectif Les Soulèvements de la Terre. En juin, le président de la République Emmanuel Macron exige au conseil des ministres que la dissolution du collectif soit lancée. Le 21 juin, ce dernier signe le décret portant dissolution du collectif en s'appuyant notamment sur l'article L. 212-1 du code de la sécurité intérieure visant les associations ou groupements de fait « qui provoquent à des manifestations armées ou à des agissements violents à l'encontre des personnes ou des biens ». Ce projet de dissolution entraîne une vague de soutien pour Les Soulèvements de la Terre, dont une pétition qui rassemble 150 000 signatures. Les Soulèvements de la Terre tentent ensuite de faire casser cette décision devant le Conseil d'État. La haute juridiction suspend alors la dissolution le 11 août 2023 car demeure « un doute sérieux quant à la qualification de provocation à des agissements violents à l’encontre des personnes et des biens retenue par le décret de dissolution ». Le recours est examiné au fond. Si en octobre le rapporteur public du Conseil d’État se prononce pour la dissolution, la haute juridiction rend malgré tout le 9 novembre 2023 sa décision qui annule la dissolution.

1. Débats sur la violence et la répression policière

La répression de la manifestation de Sainte-Soline par les forces de l'ordre provoque de nombreuses critiques et débats.

1. = Perception du degré de violence =

Plusieurs protagonistes de la manifestation (tant côté manifestants que côté forces de l'ordre) décrivent la manifestation de Sainte-Soline comme une véritable bataille. C'est par exemple le terme employé par le militant suédois Andreas Malm présent sur place, Louise Nachet de Babord ! , Emmanuel Touron de La Nouvelle République La Croix ou AOC et plusieurs médias militants comme Contre Attaque ou Lundimatin. Benoît Feuillu, des Soulèvements de la Terre, dénonce « une armée face à une foule ».

1. = Preuves vidéo de violences policières =

En novembre 2025, Libération et Mediapart, qui ont eu accès à l'enquête judiciaire, publient des extraits des 84 heures d'enregistrement des caméras-piétons des gendarmes. Ces vidéos montrent de nombreux propos injurieux des forces de l'ordre, dont certains membres se félicitent d'avoir éborgné des manifestants, ainsi que des tirs tendus (comprendre à l'horizontale) de grenades lacrymogènes et explosives sur les manifestants, ces tirs étant proscrits dans le cadre de l'usage de la force pour ce type d'arme. Il ne s'agit pas d'actions isolés, mais au contraire d'un comportement encouragé par de nombreux gradés à leurs subordonnés le jour des affrontements. Mediapart note ainsi que la hiérarchie a ordonné des tirs tendus dans neuf escadrons sur douze dont les images ont été transmises (quinze escadrons étaient présents mais trois d'entre eux n'ont envoyé aucune image à l'IGGN). En réaction à ces révélations, le ministre de l'intérieur Laurent Nuñez demande au directeur général de la gendarmerie nationale l'ouverture d'une enquête administrative. Sur France Inter, le 6 novembre, Nuñez indique n'être « pas du tout content des propos et gestes des gendarmes » mais refuse de qualifier les faits de violences policières. Le groupe La France insoumise réclame l'ouverture d'une commission d'enquête parlementaire portant sur la gestion du maintien de l'ordre lors de la manifestation. Les quatre personnes blessées ayant porté plainte dénoncent l'insuffisance des investigations de l'IGGN et réclament l'ouverture d'une information judiciaire et la nomination d'un juge d'instruction indépendant de la gendarmerie.

1. Suites judiciaires


1. = Procès de manifestants =

Plusieurs procès ont lieu suite à la manifestation. Le 27 juillet 2023, quatre militants sont condamnés par le tribunal de Niort à plusieurs mois de prison avec sursis, et un an de prison ferme pour Loïc Schneider, militant venu manifester en tenue de moine. En appel, le 20 novembre, sa peine est réduite à six mois de prison. En septembre 2023 démarre le procès de neufs militants anti-bassines de Sainte-Soline. Le parquet requiert des peines allant de six à douze mois de prison avec sursis à l'encontre de certains prévenus. La justice reproche aux membres du mouvement Bassines non merci, du collectif Les Soulèvements de la Terre, de la Confédération paysanne, de la CGT et de Solidaires 79, d'avoir organisé la manifestation du 25 mars 2023 qui avait été interdite par la préfecture et avait engendré de violents affrontements, ou bien d'avoir organisé un autre rassemblement interdit sur le même site le 29 octobre 2022 contre la création de 16 réserves d'eau dans la région menée par la Coop de l'eau, ou encore d'avoir volé une valve de canalisation pour l'arrosage des céréales à Épannes le 23 mars 2022. Lors de son réquisitoire, le procureur de la République de Niort explique que « ce procès n’est pas celui des anti-bassines […] ni celui des réserves de substitution […] On se limite aux infractions commises ». L'un des avocats des prévenus fait valoir de son côté « l’état de nécessité » : « Le réchauffement climatique est un péril imminent. Ce péril a une conséquence directe sur l’eau […] Quelles sont les solutions ? Celles proposées par la Coop de l’eau ? […] Il y a un besoin des gens pour freiner cette voiture qui fonce vers l'enfer climatique ». Le tribunal correctionnel de Niort rend sa décision le 17 janvier 2024. Trois opposants sont condamnés à des peines comprises entre 6 et 12 mois d’emprisonnement avec sursis.

1. = Plainte de manifestants =

Quatre personnes blessées portent plainte pour violences par personnes dépositaires de l'autorité publique. Le parquet de Rennes se saisit le 28 mars et 4 avril 2023 et confie l’enquête à l'inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN). Le 5 juin 2025, les investigations sont clôturées. Après la publication dans la presse de vidéos des caméras-piétons des gendarmes versées au dossier, montrant des tirs tendus de grenades et certains gendarmes jubilant d'avoir provoqué des blessures graves, les plaignants demandent la désignation d'un juge d'instruction.

1. = Suspension d'autorisation de la bassine de Sainte-Soline =

Le 18 décembre 2024, la cour administrative d'appel de Bordeaux suspend l'autorisation de quatre retenues de substitutions, dont celle de Sainte-Soline. Cette dernière, dont la construction est terminée, peut toutefois être utilisée par les agriculteurs sans être remplie à nouveau.

1. Évolution des mobilisations écologistes


1. = Évolution des luttes écologistes =

La manifestation de Sainte-Soline illustre un changement dans les mobilisations écologistes, passant de manifestations strictement non-violentes (comme les marches pour le climat) à des actions plus directes contre des infrastructures jugées néfastes. Cependant, pour beaucoup de participants, la manifestation de Sainte-Soline ne représente pas un tournant, mais plutôt la continuité d'un engagement militant débuté dans des organisations comme Greenpeace, Alternatiba ou Extinction Rebellion, et dont les tactiques ont évolué face à l'inaction climatique des gouvernements et la criminalisation des actions de désobéissance civile. Pour Lucien Thabourey, « l’un des accomplissements importants de Sainte-Soline réside dans la convergence d’acteurs aux histoires et stratégies militantes différentes : élus de gauche et écologistes, ONG et associations locales, syndicats paysans, mouvements de désobéissance civile et militants autonomes ». La manifestation de Sainte-Soline et sa très forte répression policière relance le débat de la violence au sein des organisations écologistes. Certains observateurs notent une évolution des positions de la part d'organisations auparavant défenseurs stricts de la non-violence, qui admettent désormais une diversité des tactiques et des approches (manifestations, désobéissance civile, tactique du black bloc, sabotages, etc.).

1. = Réflexions sur les stratégies des mobilisations =

Pour Andreas Malm, « cette manifestation peut être considérée comme un succès au vu du nombre de participants, mais aussi comme un échec car ils n’ont pas pu pénétrer dans le site pour mettre hors d’état de nuire cette infrastructure ». L'intensité de la répression pose la question de l'efficacité de ce mode d'action (rassembler des milliers de personnes au même endroit) par rapport à d'autres méthodes, comme le sabotage. Reporterre note que la manifestation du 25 mars 2023 a représenté un tournant dans la prise en charge du soin au sein des espaces militants : « face à ce moment clé (…) de brutalisation des mobilisations sociales, la question du soin est devenue cruciale ». Plusieurs dispositifs mis en place à Sainte-Soline se sont répandus dans d'autres luttes : la constitution de groupes affinitaires (pour être toujours à plusieurs lors de l'action), l'organisation d'une base de soin comprenant des medics, des personnes pour le soutien psychologiques, mais aussi des groupes luttant contre les violences sexistes et sexuelles et une équipe de soutien juridique pour les manifestants. Plusieurs collectifs militants de soin psychologique se créent pour offrir un espace d'écoute face à la sidération et aux traumatismes de plus en plus nombreux en manifestation.

1. Notes et références

Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Mouvements d'opposition aux méga-bassines en France » (voir la liste des auteurs).

1. Voir aussi


1. = Articles connexes =

ZAD de Notre-Dame-des-Landes Manifestation des 25 et 26 octobre 2014 contre le barrage de Sivens Autoroute A69 Ende Gelände Violence policière en France

1. = Bibliographie =

Collectif du Loriot, Avoir 20 ans à Sainte-Soline, la Dispute, 2024 (ISBN 978-2-84303-334-6, présentation en ligne)

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