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Habitat 67 est un ensemble de logements situé à Montréal, sur la Cité du Havre, en bordure du fleuve Saint-Laurent, au sud du Vieux-Port. Conçu par l’architecte Moshe Safdie et construit dans les années 1960 dans le cadre d'Expo 67, le bâtiment a apporté une notoriété mondiale à son créateur et reste un exemple emblématique de l’architecture moderne.

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Il est constitué de modules préfabriqués, avec un aménagement intérieur modulable et minimaliste. La construction de Habitat 67 a introduit des techniques innovantes pour le logement urbain. Aujourd’hui, le complexe est toujours utilisé comme résidence et est considéré comme un élément important du patrimoine architectural de Montréal.

Expo 67

Moshe Safdie fut invité en 1963 à construire son projet dans le cadre de l'exposition universelle, qui devait se tenir quatre ans plus tard à Montréal. Expo 67 a donné à l’architecte l’opportunité d’explorer son concept de projet résidentiel, devenu un complexe permanent de l’exposition internationale. Ses idées se sont concrétisées avec l’aide de August Komendant, un ingénieur Estonien Américain. Habitat 67 était une des attractions principales de l’Expo 67. Le projet initial de vingt-deux étages, qui devait abriter des boutiques et une école en plus des logements, fut redessiné entre 1964 et 1965 et réduit pour des raisons budgétaires. Le projet final comprend uniquement des logements. Il consistait en 1000 résidences, mais a été rejeté pour des raisons financières à plusieurs reprises par les autorités. Puisque Safdie était incapable d’avoir du financement, il a dû réduire le projet à 158 résidences reparties sur trois pyramides. Son nouveau plan fut accepté à condition que le total des coûts n’excède pas 11,5 millions de dollars. Le chantier démarra en 1965 et dura trente mois. Financé par la Société canadienne d'hypothèque et de logement (SCHL), Habitat 67 a d'abord abrité les visiteurs d'Expo 67. Les logements ont ensuite été loués par le gouvernement fédéral, puis les locataires regroupés en copropriété ont acheté leurs appartements en décembre 1985.

Les Origines du Concept

Conçu au milieu des années 1960 par l'architecte Moshe Safdie alors qu'il étudiait à l'Université McGill, supervisé par Sandy van Ginkel, Habitat 67 s'appuie sur les idées développées dans sa thèse intitulée A Three-Dimensional Modular Building System, officiellement intitulée « A Case for City Living » le 27 avril 1967. Cette thèse, développée lors de sa maîtrise, avait pour objectif de réaliser un bâtiment combinant l’organisation de l’espace de façon continue, en assemblant des blocs similaires afin de pouvoir reproduire ce même système, peu importe l’endroit ou la situation. Safdie s'intéressait à l'architecture urbaine à haute densité, et comptait réaliser un ensemble à prix réduit grâce à l'emploi d'éléments préfabriqués. Ainsi, en partant de cette idée principale de sa thèse, Moshe Safdie pousse le projet de Habitat 67 plus loin. Il cherchait à introduire ce sentiment de communauté, tout en laissant place à la vie privée de chacun dans sa conception.

Habitat 67 cherchait à cumuler les avantages de la maison individuelle privée et d'un immeuble d'appartements. Cette envie d’apporter et de combiner ces deux éléments provient de son expérience personnelle. Moshe Safdie, qui est né à Haïfa, cherchait à recréer la sensation qu’il avait vécue lors de ses séjours dans des kibboutz. Cet endroit où il passait ses étés, avec des pairs, lui permettait de développer son indépendance, mais surtout de ressentir ce sentiment d’appartenance. Habitat 67 fut bâti sur le principe de blocs modulaires imbriquables. Une usine fut construite à proximité afin de produire les 345 modules en béton préfabriqué (Francon) mesurant environ 11,7 m de long, 5,3 m de large et 3 m de haut, qui furent ensuite mis en place à l'aide d'une grue.

Description du Bâtiment

Situé à proximité du centre ville, entre le pont de la Concorde et le pont Victoria, Habitat 67 est constitué de cinq sous-ensembles, les trois plus grands faisant face à l'avenue Pierre Dupuy, deux autres donnant sur le Saint-Laurent. L'immeuble comptait 158 appartements de quinze types différents. Chaque appartement bénéficie au moins d'une terrasse privée qui peuvent être agrémentées d'un solarium. Chaque logement présente trois orientations et offre des vues sur la ville de Montréal ou sur le fleuve. Les « cubes » répartis sur douze étages font partie intégrante de la structure de béton précontraint, (Francon) qui compte également trois colonnes d'ascenseurs monumentales desservant les appartements, ainsi que des passerelles protégées par des parois de plexiglas, situées au 6e et au 10e étage. Le béton précontraint est un béton coulé dans un coffrage autour de barres d’acier sous tensions.

Caractéristiques de l'aménagement intérieur

Afin de ressentir l’individuel au sein du collectif, selon la pensée de l’architecte Moshe Safdie, l’entrée des unités se fait de façon extérieure et privée avec sa propre boîte aux lettres, par des passerelles. Renforçant ainsi l’idée de vivre dans une maison individuelle. Un cube équivaut à 12 m de long, 5 m de large et 3 m de haut, soit 60 m². Soit 60 mètres carrés. En duplex ou non, les cubes des sommets sont les plus fenêtrés, ceci pour être moins lourds structurellement.

Chacun dispose d’une terrasse, élément crucial du projet qui représente un tiers du cube, soit 20 m². Ces terrasses jardins sont équipées de caillebotis en bois et de larges boîtes à fleurs avec arrosage automatique, limitant la possibilité de s’approcher de leur périmètre et ainsi garder une certaine intimité. Certaines sont fermées en jardin d’hiver avec une structure couverte vitrée rappelant celle des passerelles. Ces jardins d’hiver ne sont pas d’origine, mais ont été dessinés par M. Safdie au cours des années 80. Depuis le classement patrimonial du bâtiment, il n’est plus possible d’en réaliser de nouvelles. Cette architecture, aux grandes fenêtres invisibles et rétractables dans les murs, va guider l’aménagement intérieur vers une nouvelle façon de faire. En effet, cette configuration limitera le positionnement des meubles le long des murs. Mécanique et plomberie sont dissimulées sous le plancher, un rail est intégré dans le parquet de bois, faisant le tour des cubes et distribuant air soufflé et climatisation. Le sens des lames de bois va dans le sens du cube, soit la longueur. Rien ne doit arrêter le regard. Tout est conçu dans l'esprit minimaliste : les murs blancs éclatants, les interrupteurs noirs et blancs arrondis à poussoirs, les luminaires intégrés et discrets, les escaliers des unités sans contremarche, les vitres dans le garde-corps des escaliers intérieurs et des terrasses pour laisser passer la lumière et s’ouvrir sur le paysage .

L'aménagement intérieur et histoire

Lors de l'arrivée de l’Expo 67 il restait 26 appartements destinés à la visite qu’il fallait décorer. Sujets à discorde, car confiés initialement en totalité au magazine Châtelaine, la moitié d'entre eux sera finalement attribuée à M. Safdie et à son équipe. La presse s'empare alors du sujet, la version estimée kitsch de Châtelaine représentait une décoration bénéficiant à ses annonceurs locaux. Châtelaine se voulait représenter une nouvelle presse féminine à la recherche de la modernité . Cependant, la présentation des appartements par le magazine était totalement en incompatibilité avec celle du design avant-gardiste présente dans les unités décorées par l’architecte Moshe Safdie, qui lui voulait, avec son design mid-century, la modernité pour tout le monde, s’éloignant des styles architecturaux dominants des années 1960. En ce sens, la firme GSM de Jacques Guillon a travaillé en collaboration, à l'aménagement intérieur et au dessin de mobilier sous la houlette de Michel Dallaire. Les cuisines et salles de bains représentent également des éléments novateurs. Dessinés en collaboration avec Frigidaire, qui, à l'occasion, concevra l'idée des premières laveuses et sécheuses superposées. Toutes deux minimalistes, la cuisine est de type laboratoire, tout l'électroménager a été exécuté sur mesure. Dotée de portes en Formica colorées, sans poignées apparentes, de hottes dissimulées et d’une section de type petit bureau depuis laquelle il est possible de brancher son téléphone et s'installer pour surveiller les cuissons. Les salles de bains sont quant à elles moulées en une seule pièce préfabriquée de fibre de verre et installées par le plafond ouvert du cube avant de le hisser sur la grappe.

Système de préfabrication

Habitat 67 était conçu avec des modules préfabriqués tridimensionnels. Ce type de construction consiste à fabriquer les modules hors site sous forme d'unités complètes, incluant la structure, les murs, le plancher, les finitions intérieures et les équipements. Les modules sont ensuite transportés sur le chantier pour être assemblés, ce qui permet de réduire le temps de construction et les coûts. Safdie voulait démontrer que la production en chaîne peut aussi être appliquée dans le secteur résidentiel en utilisant des unités modulaires répétitives. Chaque unité modulaire se supporte et celle qui se retrouve au-dessus joue le rôle de revêtement extérieur de l’unité. La combinaison des modules permet de créer 15 types de logements. Les modules peuvent être regroupés pour avoir des logements de tailles variées, et l’ensemble des différents agencements cumulés varie entre 2 à 25 étages.

Spécifications des modules préfabriqués

Après plusieurs études faites par l’Institut Canadien de l’acier et le Comité des entreprises de ciment pour l’évaluation des matériaux de construction, le béton a été choisi pour trois raisons; ce matériau fait office de structure porteuse et de finition extérieure, en plus d’être résistant au feu, et c’est aussi l’option la plus économique avec la technologie des années 1960. Chaque module préfabriqué était en béton et mesurait environ 5,33 m sur 11,73 m, pour une hauteur d’environ 3,05 m. Après le moulage, les modules étaient transférés sur un champ de finitions pour l’installation des cuisines, salles de bains, fenêtres, isolation, etc., avant de poser le toit. Un module complet pesait entre 70 à 90 t. Lorsque le module était complété, il était transporté sur le site et incorporé dans la structure afin que les murs adjacents, le plancher et le plafond des voisins soient séparés afin de réduire le bruit et les vibrations. En regroupant les modules, des terrasses sont créées sur le toit servant de jardin pour l’unité au-dessus. La taille des jardins est variée avec le plus grand mesurant 5,18 m sur 10,97 m. Chaque logement possède au moins un jardin et ceux qui sont plus larges ont deux. Les résidences sont situées à l’extérieur pour assurer l’accès au soleil et aux vues. Les modules sont porteurs des charges à travers les murs et les piliers. Un soutien supplémentaire est assuré par les rues, d’une hauteur d’environ 3,05 m, avec des passerelles pour piétons au-dessus. De plus, une autre partie des charges était transmise par ces unités de rues et horizontalement vers les ascenseurs et escaliers qui les acheminaient jusqu’au sol. La stabilité de la structure envers les vents et tremblements de terre était assurée par les modules et les unités de rue.

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Controverses

Habitat 67 a fait l'objet de plusieurs critiques concernant le fait que l’accent était mis visuellement uniquement sur l’empilement des modules pré-fabriqués et était présenté comme une structure capable de se maintenir toute seule, sans besoin de squelette porteur. La mise en valeur de cet assemblage, lors de sa construction et de sa médiatisation, donne l’image d’une ville compressée, technologiquement avancée et en expansion autonome. Bien que cette approche ait été perçue comme une vision optimiste de l’habitat collectif, elle a également été critiquée comme étant une utopie ne menant pas au renouvellement réel d’un changement de vie ni à une manière de penser les centres urbains.

Désignation patrimoniale

La préservation de Habitat 67 fut possible par l’implication de Moshe Safdie, qui approuvait les travaux au fil des années. Puis, le 27 mars 2009, la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec, Christine St-Pierre, annonçait que Habitat 67 serait désormais classé «monument historique» par le gouvernement du Québec. Il devient ainsi le premier édifice moderne à obtenir cette reconnaissance du gouvernement, ce qui protège notamment l’extérieur du bâtiment et les appartements 1011 et 1012, appartenant autrefois à l'architecte.

Projet Hillside

Aujourd’hui, le projet Hillside (jeu et présentation 4K) par l’agence Neoscape, en utilisant Unreal Engine 5 redonne vie, à travers la numérisation des plans du design originel d’Habitat 67, au rêve inachevé de Safdie. La première version de l’architecte, qui se nommait Habitat d’Aujourd’hui, présentait 1100 unités modulaires en pyramide. Écoles, hôtel, bureaux et centre commercial étaient intégrés à la configuration. Cette modélisation permet à une nouvelle génération d’architectes de s’informer et de s’immerger dans ce qu’était la vision de l’architecte. L’exercice du passage du projet non réalisé à la réalité artificielle est lui-même formatif, lui permettant de confirmer que la création de ce bâtiment était en avance sur son temps.

Bibliographie

Moshe Safdie, Beyond Habitat by 20 Years: Special Anniversary Edition, Tundra Books, (ISBN 0-88776-190-9) (en) Moshe Safdie Hypermedia Archives (en) Jeffrey Stanton, Expo 67 (fr) Carnet du patrimoine