La Gestapo de la rue de la Pompe est une officine de la Gestapo, installée au 180, rue de la Pompe dans le 16e arrondissement de Paris entre les mois d'avril et d'août 1944, dans les derniers mois de l'occupation de la France pendant la Seconde Guerre mondiale. Sous la direction de Friedrich Berger, elle traque les réseaux et mouvements de Résistance.
Location
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Elle est responsable de nombreuses arrestations, tortures, exécutions et déportations.
Historique
À partir du mois d'avril 1944, pour faire face au contexte militaire d'imminence du débarquement des Alliés et de montée en puissance de la Résistance, Friedrich Berger (1911-1960), un espion allemand, constitue et dirige à Paris une équipe d'une quarantaine d'auxiliaires de la police allemande pour traquer les mouvements et réseaux de Résistance. L'équipe ainsi constituée est connue comme la « Gestapo de la rue de la Pompe », à Paris, dont le siège est au no 180. Cette officine est rattachée à la Gestapo du 11 rue des Saussaies et à celle du 31 bis avenue Foch, également dans le 16e arrondissement de Paris. Les auxiliaires de police allemande sont pour la plupart Français et souvent anciens trafiquants du marché noir qui ont accepté de collaborer après leur arrestation. Dans l'ensemble, les recrues sont des repris de justice condamnés pour escroquerie, vol ou parfois crime de sang. Ce sont des malfrats collaborateurs, plutôt que des nazis fanatiques. La Gestapo de la rue de la Pompe a joué un rôle important dans la traque des résistants dans les derniers mois de l'occupation allemande avant la Libération de la France. En effet, elle est responsable de la neutralisation de plusieurs réseaux et mouvements de Résistance. Outre des expéditions à Roanne, Lille et Péronne, le groupe procède à des arrestations de résistants des réseaux ou mouvements suivants : « Les Cloches des Halles », « Phalanx », « N.A.P. », « Voix du Nord », « Libération-Nord », « O.C.M. », « F2 », « M.L.N. », « Résistance polonaise », « Organisation juive de combat », « Groupe de Chelles et de Draveil », « Jeunesses catholiques combattantes ». Selon l'historienne Marie-Josèphe Bonnet:
« En quatre mois, du 17 avril au 17 août 1944, une équipe de 44 auxiliaires français dirigés par l'Allemand Friedrich Berger a arrêté plus de 300 résistants, torturé la majorité d'entre eux pour leur extorquer des renseignements, déporté 163 hommes et femmes, sans parler de ceux qui sont morts sous la torture ou fusillés. Au cours du procès de la Gestapo de la rue de la Pompe au tribunal militaire, on dénombrera 110 morts dont 60 fusillés à Paris, parmi lesquels se trouvent les 42 jeunes gens fusillés à la cascade du bois de Boulogne le 16 août 1944. »
Le 14 août 1944 la bande quitte la rue de la Pompe pour emménager au 42 avenue Victor-Hugo dans le 16e arrondissement de Paris. Le 17 août la Gestapo parisienne quitte Paris pour l'Allemagne et poursuit en chemin son activité d'arrestations, de déportations et d'assassinats à Sainte-Menehould, Celles-sur-Plaine, Saint-Dié, Provenchères, Bernardvillé, Raon-l'Etape.
Organisation des lieux
La Gestapo occupe trois niveaux de l'immeuble :
le rez-de-chaussée utilisé pour interroger et torturer les détenus. Il comprend deux chambres, un grand salon, une cuisine et une grande salle de bains, dont la baignoire est installée près de l'entrée. le 1er étage (juste au-dessus) utilisé pour loger le trio du chef Friedrich Berger avec ses deux maîtresses, les sœurs Denise et Hélène Delfau. la cave où deux grandes pièces recouvertes d'un plancher servent de prison à de nombreux résistants. Cette cave est desservie par un escalier intérieur de l'appartement du rez-de-chaussée. Un garde armé se tient devant l'entrée et il faut passer devant les concierges pour accéder à la porte d'entrée de l'appartement du rez-de-chaussée qui se trouve face à l'escalier de l'immeuble.
Méthodes d'interrogatoires
L'acte d'accusation du procès de la Gestapo de la rue de la Pompe en 1952 s'ouvre par le constat suivant : « Ces hommes ne se sont pas contentés de se livrer à une répression policière, ils ont de plus exercé sur tous les sujets et protégés français qui sont tombés entre leurs mains des sévices graves et des tortures qui ont entraîné dans certains cas la mort de leur victime ». Dès leur arrivée rue de la Pompe, les détenus - hommes comme femmes - sont accueillis par un déchaînement de violence de la part des Gestapistes, et parfois de leur chef lui-même. Pour obtenir des aveux des résistants (leur identité, leurs fonctions, leur place dans le réseau, le nom et l'adresse de leurs chefs, le nom et l'adresse de leurs camarades résistants, leurs prochains rendez-vous...), de multiples moyens de torture sont utilisés. La plupart subissent des coups de poings, de pieds, et de nerfs de bœuf, des brûlures avec des torches de papier ou cigarettes, et quasi systématiquement le supplice de la baignoire ; les Gestapistes remplissent d'eau la baignoire sur laquelle flottent des glaçons et y plongent la tête des détenus nus à plusieurs reprises jusqu'à leur suffocation. Quelques détenus sont victimes de sévices sexuels, d'écartèlement, ou encore de pendaison par les mains... Ces méthodes sont poussées si fortement, que trois résistants meurent sous la torture. Beaucoup d'autres sont blessés, parfois grièvement et à vie, sans compter les traumatismes psychologiques.
Sort des détenus après leur passage rue de la Pompe
Après quelques heures ou quelques jours au no 180 rue de la Pompe, peu de détenus sont relâchés et un seul parvient à s'évader. La plupart sont internés dans les prisons gérées par l'occupant allemand, particulièrement dans celle de Fresnes. Les détenus sont ensuite déportés en camp de concentration en Allemagne (163 hommes et femmes), particulièrement via le convoi I.264 vers Buchenwald et Ravensbrück, mais également via les convois I.199 vers Mauthausen, I.240 vers Dachau, I.265 vers Buchenwald et I.281 vers Cologne.
Procès
La Gestapo de la rue de la Pompe fait l'objet d'un procès devant le Tribunal militaire permanent de Paris qui se tient du 19 au 22 décembre 1952 au Palais de justice de Paris. Vingt-trois personnes sont inculpées de trahison, espionnage, assassinat et association de malfaiteurs. L'acte d'accusation stipule que ce groupe a collaboré entièrement avec les services allemands du 11 rue des Saussaies et, surtout, du 31 bis avenue Foch (section VI). Lors du procès, seuls quatorze inculpés sont dans le box des accusés. L'un des inculpés comparaissant, Georges Guicciardini, est défendu par le célèbre avocat Me Jean-Louis Tixier-Vignancour. Le procès est particulièrement dense puisque cent soixante seize témoins passent à la barre et le dossier comprend 20 000 cotes. Par ailleurs, il se tient dans le contexte de la guerre froide, où les préoccupations liées à la Seconde Guerre mondiale apparaissent secondaires.
Jugements
A l'issue du procès, les jugements sont rendus le 22 décembre 1952. Parmi les quatorze inculpés "comparaissant" jugés contradictoirement :
8 sont condamnés à la peine de mort (Georges Favriot, Raoul Fouchet, Adrien Guicciardini, Georges Guicciardini, Georges Gorisse, Théodore Leclercq, Fernand Poupet, et René Vaugeois). Georges Guicciardini meurt de manière naturelle le 4 avril 1954 à la prison de Fresnes ; René Vaugeois, Adrien Guicciardini et Georges Gorisse voient leur peine de mort commuée en travaux forcés à perpétuité le 12 mai 1954, puis en vingt ans ; Raoul Fouchet obtient que son jugement soit cassé pour violation des droits de la défense (à la suite de son expulsion lors de l'audience du 24 novembre 1952) ; Les 3 condamnés à mort dont la peine n'a été ni commuée ni cassée, à savoir Fernand Poupet, Georges Favriot et Théodore Leclercq, sont fusillés le 22 mai 1954. 3 sont condamnés aux travaux forcés à perpétuité (François Guicciardini, Jacques Reymond, Edmond Roger) ; 1 est condamnée à vingt ans de travaux forcés (Denise Delfau) ; 1 est condamné à cinq ans de bagne (Arthur Wenzel) ; 1 est acquitté (Walter Kley). Parmi les neuf inculpés "en fuite" jugés par contumace :
7 sont condamnés à mort par contumace (Friedrich Berger, Pascal Forni, Manuel Stcherbina, Rachid Zulgadar, Mario Stanziano, Karl Kleindienst, et Otto Mayer).
Mémoire
L'« apposition d'une plaque commémorative en hommage aux résistants torturés 180 rue de la Pompe à Paris (16e) » a été votée à l'unanimité par le conseil d’arrondissement du XVIe du 12 septembre 2016 sous la référence 2016 DAC 516. Voici le texte de la plaque « Ici au 180 rue de la Pompe. Entre mai et août 1944, plus de 300 résistantes et résistants de différents réseaux ont été interrogés dans cet immeuble et la plupart torturés parfois jusqu’à la mort par la police allemande et ses auxiliaires français. N’oublions pas leur combat. ». Cette plaque ne semble pas avoir été apposée depuis.
Liste des membres
La Gestapo de la rue de la Pompe est constituée d'une quarantaine d'auxiliaires de la police allemande, sous la direction de Friedrich Berger, dont voici les principaux membres, listés par ordre alphabétique :
Liste des victimes
La Gestapo de la rue de la Pompe a arrêté plus de 300 résistants. Voici la liste des victimes (à compléter) dans l'ordre chronologique de leur arrestation, établie par l’historienne Marie-Josèphe Bonnet :
La liste des victimes de la Gestapo de la rue de la Pompe est à compléter avec celle du massacre du bois de Boulogne (35 résistants morts au combat ou assassinés), dans lequel elle a joué un rôle significatif.
Bibliographie
Marie-Josèphe Bonnet, Tortionnaires, truands et collabos - La bande de la rue de la Pompe, 1944, Rennes, Éditions Ouest-France, 2013, 189 pages.